Le Truc (Gaillard / Habegger)

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Entre 1978 et 1979, le journal genevois Tout va bien Hebdo nous faisait découvrir le truc. Et pas n’importe quel truc ! Le Truc, c’est une bande dessinée scénarisée par Roger Gaillard (futur directeur de la Maison d’Ailleurs) et dessinée par l’artiste genevois Pascal Habegger, pas encore connu sous son surnom d’Ab’Aigre.

Mais alors, c’est quoi ce fameux truc ? Eh bien, dix ans après les événements de Mai 68, la Suisse vivait sa propre révolution sociale. Les hippies au pouvoir, l’amour libre, suppression de l’armée, nationalisation des banques, tout y passe. Mais Russes et Américains ne l’entendent pas de cette oreille et décident d’envahir et d’occuper notre beau pays, pour éviter que la révolution se propage.

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Sur le fond comme sur la forme (hebdomadaire), le récit dessiné rappel L’An 01, la bande dessinée politique de Gebé publiée entre 1970 et 1974 dans la presse française. C’est surtout une des premières incursions suisses importantes dans le domaine de la science-fiction, et plus encore de l’utopie depuis un certain… Rodolphe Töpffer !

Surtout, on découvre avec Le Truc un fond qui marquera plusieurs futures créations de Roger Gaillard. On pense en particulier à « L’initiative zéro », nouvelle publiée dans le recueil L’Empire du milieu quelques années plus tard, en 1981. Les Suisses votaient alors une initiative visant rien de moins que l’abolition de la Suisse elle-même.

Même si leur Truc s’est arrêté en 1979 et est resté inédit en album, Roger Gaillard et Pascal Habegger ont ouvert la voie à l’utopie suisse en SF. Un terreau qui s’est passablement développé les années qui ont suivi, souvent sous des formes moins fleuries, mais non moins humoristiques.

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Interview de Karolina Luisoni

En décembre 2015, un événement fantastique est intervenu dans la vie de Karolina Luisoni. En effet, son projet de costume a été retenu par Luc Besson lui-même pour son prochain film, au terme d’un concours planétaire.

Explications : deux mois auparavant, la jeune designer avait tenté sa chance à une compétition lancée par le célèbre réalisateur pour sa future production: l’adaptation d’une bande dessinée française à succès, Valérian et l’Empire des mille planètes. Prévu pour juillet 2017, le film raconte les aventures de Valérian et Laureline, deux agents spatio-temporels. Au casting, quelques grands noms dont Ethan Hawke, Clive Owen, mais aussi Cara Delevingne et Rihanna.

La scène du film qui est au cœur de ce concours a pour décor une réception diplomatique dans une station spatiale, en l’an 2580. Les invités à la réception, tous d’origine extraterrestre bien sûr, seront ainsi conçus et habillés par les vingt finalistes du concours. A l’issue de cette compétition, laquelle a rassemblé 3’500 participants de tous horizons, Karolina Luisoni, costumière à l’Opéra de Lausanne et diplômée de la Haute Ecole d’Art et de design de Cracovie et de l’Université de Huddersfield, est la seule personne résidant en Suisse à avoir été sélectionnée. karolina-luisoni

Quelques mots de l’heureuse gagnante sur son projet:

Pourriez-vous nous raconter comment s’est déroulé le concours, depuis votre inscription jusqu’à votre sélection ?

En octobre 2015, l’unique concours de design de costume pour le prochain film de Luc Besson a été organisé et lancé en ligne par Europacorp et Yahoo Style. Dans un bref message vidéo, Luc Besson a expliqué que le film était son grand retour à la science-fiction, genre space opera, et qu’il avait besoin d’aide dans la conception de costumes futuristes pour une scène de réception du film1.

Après avoir visionné l’appel au concours, j’ai pensé que ceci était une occasion unique et merveilleuse, et peut-être même la chance d’une vie, de montrer mon travail dans un film à gros budget. Jusqu’à présent, seules les stars et des artistes bien établis pouvaient travailler sur des grandes productions comme celle-là.

Quand j’ai décidé que mon design était prêt, je me suis lancée dans la compétition. Après quelques semaines, l’équipe de Talent House est entrée en contact avec moi et a demandé à me parler. Je m’étais préparée pour parler de mon design devant le jury et j’étais prête à leur donner toutes les instructions techniques pour la fabrication du costume. Ainsi, quand Luc Besson m’a appelée en personne sur Skype pour me féliciter et m’annoncer la bonne nouvelle, j’étais très surprise !2

Comment se présente votre concept ? Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

J’ai créé 6 designs différents, conformément aux exigences techniques du concours. Le costume conçu devait mesurer approximativement deux à trois mètres, pouvoir être porté par quelqu’un et être conçu avec un matériel solide comme du métal, du plastique ou du tissu.

Designers are asked to create a piece that could be worn by a human, alien, humanoid or any other intergalactic creature you can think of. The scene for which you are designing will take place at a political cocktail party inside a space station called Alpha and the year is 2580.”3

Au début, c’était très important d’imaginer comment la mode allait évoluer et ce que les humains ou les extraterrestres pourraient porter dans 550 ans.

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Pour comprendre le style de Luc Besson, j’ai examiné l’univers de ses films, les costumes, les personnages et l’atmosphère générale de ses films. En particulier, j’ai regardé « Le 5e Élément » pour lequel Besson a travaillé avec Jean Jean-Paul Gaultier. Ses designs correspondaient parfaitement à l’absurdité des personnages et du monde de Besson. Les silhouettes exagérées, les détails architecturaux sculptés et les tissus en caoutchouc ont donné au film cette allure de SF et de bandes dessinées. J’ai ensuite pris en considération toutes ces informations et les ai transférées dans mes propres designs.

En outre, certaines de mes inspirations sont venues de l’architecture futuriste, laquelle est caractérisée par de longues lignes dynamiques, la simplicité et le minimalisme. Ainsi, dans beaucoup d’exemples d’architecture futuriste, nous pouvons observer l’utilisation du béton armé et de l’acier comme matériaux.

Une autre inspiration pour moi fut la mode futuriste. Les créations de concepteurs comme Gareth Pugh ou Iris Van Herpen ressemblent aux vêtements d’une autre planète. Ils tirent leur inspiration de sources diverses, y compris l’art, l’architecture, le mouvement du corps humain et la science. Certaines de leurs pièces ressemblent à une armure d’origine extraterrestre, à un costume spatial ou même à un exosquelette.

Finalement, j’ai aussi examiné des techniques modernes dans la production de tissus. Textile plastifié, combinaisons de tissus inhabituels comme du néoprène et de la soie. Mon costume peut être qualifié de textile expérimental, avec du tissu qui donne une silhouette structurée pour souligner ainsi l’allure robotique et futuriste.

Savez-vous ce qui a plu aux organisateurs dans votre projet ?

Je ne connais pas vraiment les aspects que les organisateurs ont le plus aimé dans mon costume, mais lorsque Luc Besson m’a appelée pour m’annoncer les résultats du concours, il m’a félicitée pour mon projet et l’a décrit comme futuriste, moderne et minimaliste. Je suppose qu’il correspondait bien à l’univers imaginé pour Valérian.

Selon vous, combien coûte la fabrication de votre costume ?

Il est très difficile d’évaluer le coût exact pour la production de ce costume en particulier. Il dépend des matériaux utilisés et de leur source, de la technique et du lieu de production. Le coût pourrait ainsi s’élever de CHF 5’000 à CHF 20’000, travail inclus.

Aurez-vous la chance de le voir ?

Malheureusement, je ne pourrai pas le voir avant qu’il n’apparaisse dans le film. L’objet du concours étant uniquement le design, je n’ai pas vu d’autres étapes de la production. Sur Instagram, Luc Besson a posté des photos de deux costumes fabriqués pour le film, mais aucun d’entre eux n’était le mien.

Pensez-vous que les designers de Luc Besson vont suivre vos indications en matière de fabrication ?

J’espère que ce sera le cas. Cependant, je comprends que ce que nous créons parfois sur le papier n’est pas facile à transposer en 3D. Ils ont peut-être également des matériaux et des techniques dont je n’ai jamais entendu parler et qui pourraient améliorer mon design. Donc, s’ils font des changements, ce sera seulement en vue d’améliorer le résultat final.

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Avez-vous imaginé un univers à votre extraterrestre ?

Je n’ai pas vraiment imaginé son univers. Je me suis concentrée sur l’extraterrestre lui-même. Pour créer un bon design de costume, je devais d’abord comprendre qui allait porter mon costume.

J’ai essayé d’imaginer une forme de vie abstraite, ce qui était un procédé difficile. Mon concept s’est mis en place quand j’ai vu une cartographie de visage vidéo 3D sur Youtube4. Ca m’a alors donné l’idée de créer l’extraterrestre qui utilise la projection de visage comme moyen de communication. J’en suis ressortie avec l’idée d’un extraterrestre sans visage qui utilise la forme humaine. Il n’a donc pas d’yeux, de bouche ou de nez. Avec sa propre espèce, il communique par télépathie. Pour communiquer avec d’autres formes de vie, il utilise le dispositif qu’il porte aux épaules, lequel projette ses pensées et d’autres informations sur son visage.

Est-ce un mâle ou une femelle ?

Je l’imagine hermaphrodite.

Dans votre métier, vous devez suivre des indications quant au costume que vous fabriquez, indications relatives à la personne qui le porte, à l’époque, au budget… Pour ce projet, si on prend en considération le fait que vous deviez imaginer la créature qui porterait votre costume, vous aviez une totale liberté. La création de costume dans le monde de la science-fiction est ainsi très intéressante pour la designer que vous êtes?

Il y avait certaines instructions à propos du costume: il devait pouvoir être porté et fait à partir de matériaux particuliers, mais comme vous l’avez dit, j’avais une totale liberté pour la création de l’extraterrestre, donc oui, c’était très intéressant. Laisser son imagination déferler et ne pas être cadré par des règles rigides est très rafraîchissant et permet une réelle créativité.

Espérons que l’extraterrestre vêtu de son costume et, surtout de son dispositif qui lui permet de communiquer avec d’autres espèces, sera bien visible pendant la fameuse scène de la réception. En tout cas, nous ne manquerons pas d’y être attentifs !

1 www.talenthouse.com/i/design-for-valerian

2 Voir la vidéo : www.youtube.com/watch?v=6OqaCYJW7bY

3 https://www.talenthouse.com/i/design-for-valerian

Second Life, un avant-goût de Métaquine ?

metaquine_vol1.inddIl avait défrayé la chronique peu après sa sortie. Second Life : une des premières expériences de monde virtuel ouvert, à situer entre jeu en ligne, réseau social et monde alternatif. Lancé en 2003, il s’est retrouvé quelques années plus tard propulsé en unes des plus prestigieux médias. Ses possibilités émerveillent, les financiers et les pubards en tous genres l’investissent : c’est le boom. On s’attendait presque au lancement d’un genre. Puis la crise financière est passée par là, et les médias ont eu d’autres chats à fouetter. Le monde virtuel a depuis complètement disparu des radars.

Il m’a fallu la lecture de Métaquine, de François Rouiller, pour raviver son souvenir à ma mémoire. Le SimDom de Métaquine n’est autre qu’après tout qu’une version avancée de cet espace virtuel. Les personnages du roman s’y connectent par l’intermédiaire d’une « calotte de lecture neurologique », sorte de casque high-tech « moins épais qu’un spaghetti », vous immergeant complètement dans ce monde, à la façon des casques du film Avalon (même si le nom semble plus directement faire référence aux jeux vidéo SimCity, Les Sims et autres de la firme Maxis). Et une fois dedans, libre à vous de vivre la vie que vous souhaitez. Sans plus aucune contrainte physique, mais avec tous les risques d’addictions liés.

(c) François Rouiller

(c) François Rouiller

L’alter monde virtuel de Métaquine réveille donc une certaine curiosité pour Second Life. Quelques recherches sur la toile m’apprennent que je ne suis pas le seul à me poser la question de savoir si ce monde online expérimental existe encore. Journaliste au Monde, Morgane Tual a rédigé en avril 2016 un article sur le devenir de cet univers.1 « Je m’attendais à trouver, une décennie plus tard, un univers déserté, une technologie vieillissante et quelques toiles d’araignées dans les coins, écrit-elle. Ce fut exactement l’inverse. » Visiblement, Second Life n’est pas mort et, même si l’euphorie est passée, l’expérience perdure. Mais à quoi ressemble-t-il aujourd’hui ? Au monde parallèle virtuel du SimDom ou à une version moins belliqueuse de World of Warcraft ?

Des fantasmes, mais peu d’imaginaire

Regardons d’abord les chiffres : les serveurs de Linden Lab enregistrent 900’000 connections par mois. On est loin de World of Warcraft, et il serait surtout intéressant de connaître le nombre d’avatars actifs. Néanmoins, le nombre d’utilisateur s’est stabilisé assez haut pour permettre au monde de perdurer et de garder son intérêt. Le départ de tous ceux qui voyaient Second Life comme une nouvelle plate-forme de communication ou de business fut sans doute un mal pour un bien, laissant ces lieux aux rêveurs, aux marginaux et à quelques autres artistes et créateurs. Sans parler de tous ceux qui cherchent par ce biais à assouvir quelques fantasmes libertins. « Le sexe est omniprésent dans le jeu, raconte Morgane Tual. Si certains espaces ne sont accessibles – officiellement – qu’aux joueurs de plus de 18 ans, des publicités pour des services sexuels pullulent dans Second Life. Le jeu est ainsi devenu une porte d’entrée vers des échanges érotiques payants par voix ou par webcam. Second Life est aussi le lieu où s’expriment les fantasmes interdits : certains avatars s’adonnent ainsi à la pédophilie ou la zoophilie. » Les Second lifers se lâchent et leur monde, à défaut d’être différent, est devenu surtout plus exacerbé. Sans filtre – et sans Métaquine pour y ramener la raison.

(c) François Rouiller

(c) François Rouiller

Visiblement, le lieu est devenu l’apanage de la dérision, de l’absurde. De l’imaginaire aussi ? Un peu. La journaliste raconte sa visite de l’école d’Harry Potter, ou du désert de Tatooine de Star Wars, recréés par les internautes. Mais comme le faisait remarquer l’ancien directeur de la Maison d’Ailleurs Patrick Gyger, interviewé sur ce sujet en 2010, on reste beaucoup dans de la copie, plus que dans la création : « Ce qui est très intéressant justement, dans cet univers en ligne, c’est qu’à ce niveau-là, ça ne marche pas très bien. On y reproduit surtout un environnement qui existe déjà – des pavillons de banlieues, des cathédrales, on y retrouve aussi Genève par exemple. […] Mais il n’y a pas, à ma connaissance, de bâtiments aberrants, plus grands à l’intérieur qu’à l’extérieur par exemple, ni de villes à l’envers.2»

Quelques recherches d’images montrent quand même des bâtiments volants, voire une ville vaguement futuriste. Mais on est effectivement encore loin de l’architecture du Thélème de Métaquine, qui foudroie ceux qui posent leur regard dessus. En revanche, un point commun intéressant entre le SimDom du roman et son plus proche équivalent actuel est son application médicale potentielle. Il est pas impossible que dans les décennies à venir, les personnes âgées ou malades issues des générations nées avec internet et Facebook choisissent de s’évader dans un monde virtuel plutôt que de souffrir de solitude, afin d’y retrouver vigueur physique et lien social (pour le pire comme le meilleur, sans doute). Et peut-être devenir comme les stades III du roman de François Rouiller, attachés à leur chaise, ne voulant plus reprendre pied avec la réalité…

A noter qu’un Second Life 2 est annoncé pour 2016 et sera peut-être sorti au moment où vous lirez ces lignes. Une renaissance, assortie d’une nouvelle vague de pionniers du net ? A voir. Ce qu’on en sait, c’est qu’une des grandes nouveautés annoncées sera une immersion dans ce monde via des casques de réalité virtuel… SimDom, nous voilà !

François Rouiller, Métaquine (2 volumes), éd. L’Atalante, 2016.

Vincent Gerber

1Voir Morgane Tual, « Absurde, créatif et débauché : dix ans après, « Second Life » est toujours bien vivant », en ligne sur ce lien.

2Vincent Gerber, « Utopies à bâtir », in Le Courrier, 24 juillet 2010.

Prix des Imaginales : le palmarès

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Le festival des Imaginales a fermé ses portes il y a une semaine. On ne pourra revenir sur l’ambiance des lieux, les débats et les soirées, trop vastes et difficiles à conter. Mais voici un écho, avec la liste des œuvres et auteurs ayant été distingués à cette occasion.

Lien direct vers la page des prix.

 

Les Lauréats 2016 des Imaginales

  • Catégorie roman francophone :

Manon FARGETTON, L’héritage des Rois Passeurs (Bragelonne)

 

  • Catégorie roman étranger traduit :

Marie BRENNAN, Une histoire naturelle des dragons – Mémoires de Lady Trent t.1 (L’Atalante), traduction de Sylvie Denis

 

  • Catégorie jeunesse :

Catherynne M. VALENTE, La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains (Balivernes), traduction de Laurent Philibert-Caillat

 

  • Catégorie illustration :

Melchior ASCARIDE pour l’identité graphique des Moutons électriques

 

  • Catégorie nouvelle :

Estelle FAYE, « Une robe couleur d’océan » (Légendes abyssales, anthologie officielle du Salon fantastique, Mythologica)

 

  • Catégorie prix spécial du Jury :

Éditions Callidor, pour leurs traductions inédites de classiques de l’imaginaire, collection « L’âge d’or de la fantasy »

 

1816-2016 : bicentenaire de Frankenstein

Nous fêtons cette année le bicentenaire de la création de Frankenstein, par Mary Shelley. A cette occasion, la Fondation Bodmer, sise dans le même village de Cologny qui l’a vu naître, présentera une exposition d’ouvrages anciens et rares, tels que « les manuscrits du roman et du journal intime de Mary Shelley, l’exemplaire de la première édition de Frankenstein annotée par l’auteur, l’exemplaire à envoi offert à Lord Byron, le portrait original de Mary Shelley et ceux de Percy Shelley, Lord Byron, et John Polidori, ainsi que de nombreuses éditions originales de ces poètes et écrivains réunis à la Villa Diodati en 1816. »
L’exposition dure jusqu’en octobre et est accompagnée d’un certain nombre d’événements, dans et en dehors de la Fondation. Voir le site www.frankenstein.ch.

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D’autres événement auront lieu en marge de l’exposition :

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François Rouiller nous livre Métaquine (sous ordonnance)

L’événement était attendu. Après avoir été impliqué dans le milieu de la SF suisse romande presque depuis ses débuts (du moins ses débuts populaires) au travers de nouvelles, d’essais (Stups et fiction, 100 mots pour voyager en science-fiction), de dessins (Après-demains), François Rouiller signe son premier roman. Ou plutôt ses premiers romans, car c’est bien une double sortie qui nous est proposée. Son nom, Métaquine®, « un médicament éprouvé… et prometteur ». On le comprend, ce pharmacien veveysan est resté sur ses terres pharmaceutiques de prédilection et longtemps défrichées à la lumière de la science-fiction.

La sortie se fait aux éditions L’Atalante (terres de prédilection des Suisses, il faut bien le dire).
Un livre à découvrir à jeun. Et attention, n’oubliez pas de lire la notice d’emballage !

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Avec le livre, un site dérivé qui pousse le concept jusqu’à la dose limite:
http://www.metaquine.com

Et le site de l’auteur :
http://www.noosfere.org/rouiller/

A noter que l’auteur viendra présenter son livre à la librairie Fahrenheit451 le samedi 23 avril, dès 14h00.

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Vernissage « Futurs insolites »

 

L’AMDA est partenaire des éditions Hélice Hélas pour annoncer la sortie du livre Futurs insolites, rassemblant des textes de science-fiction sur le thème de la Suisse. Son vernissage aura lieu le 10 mars à 18h30 à la Maison d’Ailleurs (cliquez ici pour découvrir l’invitation) et une seconde rencontre aura lieu le 11 mars à 18h à la librairie de la Proue, 17 rue des Escaliers à Lausanne.

Au musée, une présentation du livre et un apéritif se dérouleront dès 18h30 à l’Espace Jules-Verne. L’occasion de découvrir et feuilleter ce « laboratoire d’anticipation helvétique » et de rencontrer les auteurs (dont plusieurs sont d’ailleurs issus des rangs de l’AMDA, notamment l’anthologiste Jean-François Thomas).

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D’inquiétants futurs… à réécouter

Voici l’enregistrement de la table ronde du 16 janvier, entre le réalisateur Philippe Borrel et l’écrivain Alain Damasio sur le futur de notre société. Un grand merci aux organisateurs et au (nombreux) public présent !

Également disponible et téléchargeable directement sur Podcloud.
Séance dédicace Alain Damasio après débat 7

Débat avec Alain Damasio et Philippe Borrel

Le futur sera en question le 16 janvier 2016. Une soirée spéciale rassemblera l’auteur lyonnais Alain Damasio (La Horde du contrevent, La Zone du dehors) et le réalisateur engagé Philippe Borrel, auteur du documentaire « Un monde sans humains ? » (ARTE, 2012). La soirée, co-organisée par le musée et l’AMDA, amènera la discussion sur les questions du « à quoi ressemblera notre futur », au niveau de l’évolution de la technologie et des sciences notamment.

« C’est un enjeu majeur pour nous : comment échapper à un cadre où tout acte laisse une trace sur une carte ? Où des banques de données, sans cesse, notent et stockent nos voix, nos pas, nos choix ? » (Damasio, Aucun souvenir assez solide)

L’entrée est libre et ouverte à toutes et tous.

Programme horaire :
18h – 19h​ | Table ronde
19h – 19h30 | Apéritif
19h30 – 21h | Projection du documentaire « Un monde sans humains? » (96 min)

Le débat et la projection auront lieu à l’Espace Jules-Verne de la Maison d’Ailleurs.

José Roosevelt : auteur de la carte de membre 2016

José Roosevelt est un auteur étonnant. Né à Rio à la fin des années 1950, il a connu une importante carrière de peintre, avec de superbes toiles d’inspiration surréaliste. Puis, l’artiste découvre la Suisse et finit par s’y installer. Il se lancera dans la bande dessinée à l’approche de la quarantaine, avec des œuvres fantastiques, de science-fiction, mais aussi et surtout, de réflexion. On notera des titres comme L’Horloge, La Table de Vénus ou A l’ombre des coquillages. L’auteur, surtout, n’a jamais choisi la facilité: loin des scénarios cousus de fil blanc, José Roosevelt s’amuse à jouer avec les chiffres, la symbolique, les trames non linéaires, des histoires qui s’entremêlent… Ses œuvres sont autant un divertissement qu’une quête intérieure. Depuis 10 ans, l’auteur travaille sur une importante série de science- fiction, au titre énigmatique de CE. «Ce», qui est aussi le nom de son personnage principal, un immortel, qui figure au centre de la carte de membre 2016 de l’AMDA. amda_carte_2016.indd

Parle-nous de cette illustration. Quelle est son histoire ?

C’est toujours un peu mystérieux. Pour un scénario, c’est plus facile: il y a des idées, quelque chose que je veux raconter. Une image, c’est autre chose. Une idée vient tout d’un coup, mais on ne sait pas d’où. Et ça me vient souvent quand j’ai l’esprit reposé. Je crois qu’il ne faut pas chercher à tout prix, mais laisser l’esprit vagabonder.

J’ai commencé par regarder les cartes qui avaient déjà été réalisées. Puis je suis allé voir les images de la Maison d’Ailleurs sur Internet. Et, plusieurs fois, on voit cette photo du musée vu de face. Je me suis dit: pourquoi ne pas prendre la silhouette de la Maison d’Ailleurs comme une porte d’entrée ? Celle d’un autre monde, ou de l’Ailleurs justement. Mais vue du côté de l’Ailleurs, pas de notre côté. J’ai décalqué cette photo, puis je me suis mis à dessiner le tour. A la fin, j’ai ajouté le personnage qui entre et la signature de l’AMDA. J’ai réalisé d’ailleurs plus tard que cette image de quelqu’un qui entre par une porte revient plusieurs fois dans mes albums. Sur le 4ème de couverture de la première trilogie de CE, il y a déjà un personnage qui entre dans une porte. Dans la couverture du tome 8 également. Ce sont des liens qu’on remarque souvent après coup, comme une forme d’inconscient.

Comment êtes-vous devenu auteur de bandes dessinées ?

Devenir auteur de BD, c’était mon rêve d’enfant. J’étais alors fasciné par le dessin, la bande dessinée – et le fantastique aussi. Tous les enfants commencent par s’exprimer par le dessin : il y a ceux qui s’arrêtent et ceux qui continuent ! Moi je dessinais sans arrêt, je faisais des bandes dessinées d’enfants. J’adorais ça. Puis à 15 ans, j’ai fait la découverte de l’œuvre de Dalí et son exploration de l’inconscient. C’est quelque chose qui m’a touché. J’ai commencé à m’intéresser de très près au surréalisme et, dans la foulée, à faire de la peinture. La bande dessinée est venue plus tard. Ce qui est une bonne chose, car il me fallait de la maturité pour faire de la bande dessinée. La peinture, c’est plus accessible ! (Rires.) C’est que la bande dessinée nécessite un scénario et pour raconter quelque chose de crédible, il faut un vécu. Sinon ça sonne creux. J’avais donc laissé tomber la bande dessinée pour la peinture et je l’ai reprise vers 38 ans.

Au Brésil, vous lisiez quel type de bandes dessinées ?

On avait les histoires de super-héros, qui venaient des Etats-Unis. J’aimais beaucoup Thor par exemple, avec Asgard et tous ses mythes. En 1966-67, on trouvait des petits récits de cinq pages qui accompagnaient les histoires de Thor. Stan Lee et Jack Kirby y racontaient des mythes scandinaves. A leur manière évidemment, avec les dessins de Kirby qui n’ont rien de scandinave. Et pourtant, ça reste crédible ! C’est ça qui est fantastique avec lui.
A une époque, il y avait toujours un événement qui apparaissait au milieu d’une histoire de Thor et qui allait avoir une incidence dans l’épisode suivant. Et dans celui-ci, d’autres éléments apparaissaient, etc. On était toujours en haleine. Même si une situation se résolvait, il y avait toujours un truc pendant. Et il a continué comme cela dans une 20aine de situation.

Comme dans CE d’ailleurs

 Peut-être. J’ai reçu des critiques par rapport à ça, sur des passages soi-disant anodin, sans intérêt. Mais ceux qui continuent à lire voient que ce n’était pas du tout anodin. On verra d’ailleurs dans le futur dixième volume qu’un personnage très secondaire du début prend de l’importance. On comprend qu’il n’était pas là pour rien !

José Roosevelt

José Roosevelt

Comment est né votre intérêt science-fiction ?

Le grand déclic, ma première grande expérience esthétique, c’est 2001 l’Odyssée de l’espace que j’ai vu à l’âge de 10 ans. Ce film a transformé ma vie. Il avait une originalité époustouflante, une audace ! En fait, il ne rappelait rien de connu, que ce soit au niveau visuel ou sonore. On se croyait vraiment dans l’espace. Dans les films qui avaient été faits auparavant en science-fiction, il y a toujours un plancher et une gravité qui pousse vers le bas. Là, non. Bien sûr, maintenant la partie psychédélique est un peu dépassée, avec tous les effets qu’on peut avoir aujourd’hui avec l’ordinateur. Mais à l’époque, c’était du pur délire. Je l’ai vu au cinéma au moins une vingtaine de fois depuis. Ce film m’a ouvert l’esprit, et notamment à la science-fiction.

Et en littérature ?

J’adore Philip K. Dick. Il est souvent critiqué pour sa façon d’écrire, mais je trouve pourtant son style magnifique. Il y a dans Coulez mes larmes, dit le policier un dialogue où il parle de la compassion. Et c’est beau, c’est d’un profond ! J’ai lu et apprécié d’autres auteurs, notamment Asimov ou Bradbury. Mais plus au niveau de l’imagination, cette façon de pousser des concepts. Chez Dick, il y a quelque chose d’autre. C’est un cerveau à part. Son imagination est féconde, il est capable d’inventer des choses folles.
Ce qui est admirable avec la science-fiction – la bonne science-fiction –, c’est qu’on pose des questions essentielles. Le voyage dans le temps, ce n’est pas seulement pour être original. Nous avons tous un rapport très mystérieux avec le temps. Écrire sur le voyage dans le temps, c’est explorer ce mystère-là. Et le préjugé qui existe envers la science-fiction est, je pense, une incapacité d’entrer dans ce genre de raisonnement.
La science-fiction, c’est à mon sens un peu le contraire du roman policier. Le roman policier, c’est le monde tel qu’il est sous une certaine vision. Mais une vision très rationnelle et terre-à-terre. Tout ce qui intéresse dans le roman policier, c’est de découvrir le coupable. Évidemment, il y a des livres policiers où il y a plus, notamment chez Simenon. Peut-être parce que ce n’est pas une traduction. Mais très souvent, quand je lis un roman policier, après 50 pages, je me dis que je m’en fous complètement de savoir qui est le coupable ! Je ne connais pas la victime. (Rires) Je n’y trouve rien qui me face réfléchir, qui apporte des questions essentielles. Quelque chose que je trouve dans les deux premiers paragraphes d’un Philip K. Dick !

Vous travaillez actuellement sur le dixième tome de CE, une série qui suit un plan précis. Quel était votre intention de départ?

Dans la genèse d’un livre, il y a toujours plusieurs idées. Elles viennent par moments et je vais les repêcher et les rassembler tout d’un coup dans un livre. Au départ, je voulais faire une histoire qui parle de la mémoire. Mais je ne savais pas comment l’aborder. Un jour, lors d’un voyage à Barcelone, je n’arrivais pas à dormir. Il y avait du boucan qui venait de la rue. Alors je sommeillais dans la chambre d’hôtel. Tout d’un coup, j’ai imaginé une histoire à trois niveaux : quelqu’un qui rêve, se réveille, puis se réveille à nouveau. Il y a dans CE le monde éveillé, celui des souvenirs et celui des rêves. Et dans les souvenirs, le personnage du passé rêve lui aussi. J’ai commencé le scénario comme ça. Et cette réflexion sur la mémoire, sur la réalité, c’est du Philip K. Dick justement: qu’est-ce que la réalité? Et qu’est-ce qui est vrai dans cette réalité ?
Ensuite m’est venu l’idée des treize chapitres. Il faut savoir que j’ai toujours aimé jouer avec les chiffres. Mon album L’Horloge était divisé en douze parties par exemple, et La table de Vénus en sept. Vous savez qu’Alice au pays des merveilles a douze chapitres, comme une horloge. Un jour j’ai eu un flash: est-ce qu’on pourrait ajouter un treizième chapitre à Alice au pays des merveilles ? A un certain moment dans le volume 3 de CE, un des personnages pose cette question. CE, c’est justement une histoire en douze volumes où on en ajoute un treizième. Mais après avoir écrit le premier chapitre, c’était tellement long que j’ai dû en faire un volume, et non un simple chapitre. Donc c’était parti pour 13 volumes.

Au rythme d’un volume par an, 13 ans, c’est long. C’est un défi ambitieux, non ?

Au départ, j’avais peur de me lasser. Mais au final, c’est l’inverse qui se produit : j’ai surtout peur de la fin ! Alors oui, c’est un projet ambitieux, mais comme je suis auto-édité, j’ai cette liberté. Etant libre, il faut être à contre-courant. Sinon cette liberté à quoi elle sert ? Par exemple, j’ai choisi de faire du noir et blanc, ça représentait déjà un point de divergence. Ensuite j’ai donné un titre si anodin qu’il n’évoque rien. « Ce », c’est le plus anodin possible. C’est indéfini, encore plus que « ça », qui est solide. On ne sait d’ailleurs pas qu’il s’agit de science-fiction. Ensuite, je voulais que le personnage principal ne soit pas sympathique. Il a cette petite barbe que j’abhorre, il est un peu chauve, sans aucun intérêt. Il est plus intéressant de creuser un personnage qui au début paraît anodin. Donc il y avait cette envie de sortir de l’ordinaire.

Vous avez rédigé un plan ou un storyboard ?

Non, j’ai toujours ce plaisir de créer au moment de dessiner la page. J’aime me surprendre tout le temps. Et chaque page est une création. On voit quand le livre est ouvert que les pages se répondent. J’essaie d’ajouter un côté esthétique, je ne peux pas m’en empêcher. Et je me donne la liberté de changer au dernier moment si je trouves une composition meilleure. Idem pour le dialogue. Il faut laisser le canal ouvert. Les bonnes idées viennent comme cela. Cependant, j’ai déjà l’histoire écrite, dans ses grandes lignes, jusqu’à la fin. Et j’écris tous les dialogues avant de commencer chaque volume.

L’histoire de Ce, l’immortel qui rêve ne peut se raconter en quelques lignes. Mais vous pourrez la découvrir aux éditions du Canard, via le site de l’auteur www.juanalberto.ch.

Le dixième tome est à paraître à l’automne 2016.