Entretien avec les directeurs de la publication de Futurs insolites

L’anthologie Futurs insolites : Laboratoire d’anticipation helvétique a été publiée cette année aux éditions Hélice Hélas. Comment crée-t-on une anthologie ? Quel est le rôle de l’éditeur ? Comment se passe l’appel à textes ? Nous avons posé toutes ces questions aux deux directeurs de la publication, Elena Avdija et Jean-François Thomas.

  • Comment vous est venue l’idée de cette anthologie ?

Elena Avdija [EA] : L’idée m’est venue en discutant avec un groupe d’auteurs suisses qui se retrouvent traditionnellement aux Utopiales. J’aurais bien voulu qu’il existe un endroit où proposer des textes en Suisse, notamment pour les jeunes auteurs, quelque chose comme une plateforme d’écriture. Je savais qu’il existait déjà des anthologies, dont une de Jean-François1, et l’idée d’une structure au sein de laquelle les auteurs puissent envoyer des textes et essayer d’être publiés me plaisait. Et pourquoi la Suisse : parce que j’avais envie de proposer un ouvrage thématique. Je pense qu’avoir une contrainte dans l’écriture, ça produit un sens en plus au recueil de textes et j’étais assez curieuse de voir ce que cela pouvait donner. C’est toujours un peu comme ça, dans ce genre de projets : ça part d’une envie. Disons que j’aurais bien voulu envoyer un texte à une anthologie comme ça et au lieu de le faire, j’ai fait l’anthologie ! Je n’ai donc pas écrit dedans, mais je suis contente d’avoir pu participer à la faire exister. Et comme j’avais besoin d’un coéquipier fort dans cette aventure, parce que c’est quand même un long projet, j’ai tout de suite pensé à Jean-François. Je lui ai demandé et il a accepté.

Jean-François Thomas [J-F] : Effectivement, on était aux Utopiales, Elena est venue vers moi et m’a demandé si je serais d’accord de participer à une anthologie de science-fiction suisse. J’en avais déjà fait, alors j’ai dit oui. Je voyais ça un peu comme un passage de témoin à une génération plus jeune, qui peut prendre la relève.

  • Comment avez-vous trouvé l’éditeur ?

EA : Les éditions Hélice Hélas m’ont été conseillées par un auteur qui avait déjà été publié chez eux. Je ne connaissais personnellement aucun éditeur, je n’avais jamais eu de contact avec aucun, à part pour la nouvelle que j’avais publiée2, mais c’était des Bretons !

  • Comment s’est passée votre première rencontre avec les éditeurs ?

EA : Je leur avais envoyé un très long mail, très détaillé, pour présenter le projet. Ils m’ont tout de suite proposé une rencontre pour en parler. J’étais très surprise que cela aille aussi vite. Et à partir du moment où on en a parlé, ça a été l’autoroute. Ça a pris le temps nécessaire, mais nous n’avons eu aucun obstacle. Les éditeurs nous ont laissé le champ libre.

J-F : C’est intéressant, car on se rend ainsi compte qu’il suffit parfois d’oser, de poser la question. C’est beaucoup une question de contacts avec les gens. Comme quoi, on peut avoir des projets et les réaliser : il faut peut-être avoir un peu de chance, tomber sur les bonnes personnes. Souvent les gens sont plus ouverts qu’on ne le pense.

  • Comment avez-vous procédé pour l’appel à textes ?

EA : J’ai créé une page sur Facebook pour diffuser l’appel à textes. Nous l’avons également envoyé par email et publié sur le site ActuSF.com. Nous avons en quelque sorte activé le « réseau SF ».

J-F : Pour Jean-Marc Ligny, c’était différent : je lui ai demandé aux Utopiales s’il serait intéressé à écrire une nouvelle sur la Suisse. Là aussi, nous avons été surpris, car il a répondu « pourquoi pas », mais il était pris par l’écriture de son prochain roman. Pour finir, il a imaginé une nouvelle qui se passe dans l’univers d’un de ses romans déjà publiés, Exodes 3. Pour nous, il était très intéressant d’avoir une « tête de série », si je puis dire, car c’est un auteur connu, ce qui est accrocheur pour une anthologie.

  • Combien avez-vous reçu de contributions ?

J-F : Environ une quarantaine de textes, dont quatorze ont été publiés. On en a donc écarté quelques-uns : certains étaient illisibles, certains étaient un peu hors sujet ou pas très clairs. On a demandé à des auteurs de réécrire, certains l’ont fait, d’autres ont refusé.

  • Quel a été le rôle de l’éditeur dans tout ça ?

J-F : Un des éditeurs a relu tous les textes. Il nous a aidé à réfléchir dans quel ordre on allait les mettre. J’ai fait une proposition, puis Elena et l’éditeur ont revu et modifié l’ordre. Il y a eu quelques changements et c’est là que l’éditeur est intervenu.

  • Quels sont les critères qui entrent en jeu quand on décide de l’ordre des nouvelles dans une anthologie ?

J-F : Il faut une nouvelle d’accroche, pour donner envie de lire les autres. On essaie aussi de varier en mettant une nouvelle triste, ou plus sérieuse, puis une plus drôle, … Par exemple, il y avait trois nouvelles sur la mort assistée : on ne les a pas mises les unes derrière les autres !

Une bonne nouvelle pour les amateurs de SF suisse : Futurs insolites est le second ouvrage de la nouvelle collection de science-fiction et de raisons d’ailleurs (sic) de la maison d’édition Hélice Hélas, « Cavorite et Calabi-yau ». Le premier ouvrage de cette collection est un recueil de nouvelles de Lucas Moreno publié en 2012, Singulier Pluriel.

Annabelle


Les Utopiales :

Créé en l’an 2000, ce festival international de science-fiction, organisé à la Cité des Congrès, à Nantes (FR), rassemble jusqu’à 60’000 amateurs du genre pendant quatre jours. On y trouve des écrivains, des illustrateurs, des scientifiques, mais aussi trois salles de cinéma, une salle dévolue aux jeux de rôle, ainsi que l’une des plus grandes librairies du monde consacrée aux genres SF, fantastique et fantasy. En 2016, les Utopiales se sont déroulées du 29 octobre au 3 novembre.


 

1 Jean-François Thomas (dir.), Défricheurs d’imaginaire, Orbe, Bernard Campiche, 2009.

2 Elena Avidja, « Les passerelles », in Réalité 5.0, Antoine Mottier (dir.), GOATER, 2ème semestre 2013.

3 Jean-Marc Ligny, Exodes, L’Atalante, 2012.

Et pendant ce temps-là, en Suisse alémanique…

Et plus précisément à Zurich, une association d’auteurs suisses de fantasy (« Verein Schweizer Phantastikautoren »)1 a vu le jour en juin 2015, sous l’impulsion de quatre jeunes auteures : Nina Egli, Dorothe Zürcher, Julie Fritsche et Tamara Guidolin.

Nous avons rencontré sa présidente à la « Brasserie Federal », à côté de la gare de Zurich, repaire de l’association.

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Nina Egli, je suis IT Security Tester, je travaille à Zurich et j’écris sous le pseudonyme de « Carmen Capiti ». Trois de mes romans ont déjà été publiés : deux de fantasy et un de cyber punk, et j’ai fondé l’année passée cette association avec trois autres auteures.

  • Quelle est l’histoire de la fondation de l’association ?

Nous quatre, qui avons fondé l’association, nous sommes toutes membres d’un forum allemand dédié aux auteurs de fantasy2. Nous nous connaissons de là. Nous avons créé une table ronde suisse et nous voulions organiser ensemble une lecture publique. C’est alors que je me suis demandé pourquoi nous n’organiserions pas de tels événements ensemble. Ça m’a donné l’idée de l’association, afin de faire ça de manière plus « professionnelle ».

 

  • Combien comptez-vous de membres actuellement et combien d’entre eux sont des auteurs ?

Nous sommes à présent 36. Que signifie « auteurs » ? Ce sont tous des auteurs, mais ils n’ont pas tous été publiés. Il y en a quelques-uns qui ont fait de l’auto-publication, d’autres qui ont été publiés par des maisons d’édition, d’autres encore qui font actuellement des pauses dans l’écriture à cause des études ou qui débutent… C’est très divers.

  • Comment avez-vous fait connaître l’association ?

De diverses manières : tout d’abord, nous sommes allées chercher quelques personnes du forum allemand. Ensuite, comme je suis assez impliquée dans le monde suisse de la fantasy, notamment via le jeu de rôle grandeur nature, nous avons fait un peu de pub là aussi. Nous avons également créé une page Facebook3. Enfin, il y a les événements publics : tout d’abord, nous sommes allés au Beaumonde4, qui nous a permis de récolter plusieurs nouvelles inscriptions. Suite au Fantasy Basel5, nous avons également accueilli beaucoup de nouveaux membres.

Je crois qu’entre-temps les gens ont aussi plus osé s’inscrire : au début, beaucoup ont entendu parler de nous, mais n’osaient pas s’inscrire, simplement parce qu’ils pensaient eux-mêmes ne pas être des auteurs, car ils n’avaient pas encore été publiés. Mais pour nous, chaque personne qui écrit est un auteur. Et lorsque les gens peuvent parler avec nous, sur un stand, ils le comprennent.

  • En général, les membres écrivent-ils plus de la fantasy, de la science-fiction ou les deux ?

Il y a beaucoup plus de fantasy pour le moment, surtout parmi les auteurs publiés. Nous en avons aussi plusieurs qui écrivent de la SF, mais leurs écrits n’ont pas encore été publiés ou alors seulement des histoires courtes. De manière générale, la part de fantasy est beaucoup plus importante. Je pense que la SF est beaucoup plus présente sur la scène romande : j’ai le sentiment qu’ici la SF est « morte ».

  • L’association est-elle très active ?

Oui, nous avons déjà participé à quatre ou cinq événements comme le Fantasy Basel. Là-dessus, il y a les lectures publiques : nous en avons organisé deux, mais ce sont surtout des connaissances à nous qui y ont assisté, nous n’avons malheureusement pas réussi à attirer d’autres personnes. Il y a aussi les événements privés : une table ronde une fois par mois et des lectures organisées chez des particuliers. Lors de ces tables rondes, chacun qui le souhaite peut lire une courte scène et il reçoit ensuite un feedback. Nous avons beaucoup de membres et il y a beaucoup d’échanges aux tables rondes : visiblement, le besoin était là ! Je crois aussi que cela aide les gens : écrire est une activité solitaire et c’est beaucoup plus facile quand on peut avoir un échange avec des personnes qui vivent la même chose.

Si cet article vous a donné des idées mais que vous ne maîtrisez pas suffisamment la langue de Goethe, nous vous rappelons l’existence, de ce côté-ci de la Limmat, des « Mercredis de la SF »6 , l’occasion pour tous les passionnés de SF, qu’ils soient auteurs ou lecteurs, de venir partager leurs découvertes et leurs idées !

Annabelle


4 www.beaumonde.ch, 5 et 6 septembre 2015, Das fantastische Comicspektakel

5 www.fantasybasel.ch, du 5 au 7 mai 2016, The Swiss Comicon

6 Les mercredis de la SF ont lieu toute l’année : le premier mercredi du mois au restaurant L’Harmonie, à Genève, et le 3ème mercredi du mois au restaurant Le Milan, à Lausanne. Tout le monde y est le bienvenu et aucune inscription n’est nécessaire !

Des nouvelles de Quantika

L’auteur et dessinatrice suisse romande Laurence Suhner nous avise que « plein de projets relatifs à QuanTika vont prendre place dès 2017: exposition QuanTika avec une dizaine de dessinateurs dans le cadre du festival Les Utopiales (Nantes), réédition de la trilogie en format poche chez Gallimard-Folio SF (octobre 2017), recueil de nouvelles aux éditions l’Atalante (automne 2017), une adaptation BD (comics américain) en négociation. Une nouvelle de SF relative à une découverte en astrophysique dans la revue anglaise NATURE, une autre dans l’anthologie « pulp » de Martin Lessard (Ad Astra). Et pour terminer, deux romans de SF en voie de rédaction pour 2018: Les Mondes de Jade et Le Voyage. Pour tous les goûts, donc. »

Pour plus d’informations: www.quantika-sf.com
D’autre part, l’auteur organise des cours de bande dessinée et ateliers d’écriture:
« 1. Tout d’abord un cours spécial « art book » pour les mordus: afin de bien présenter son dossier pour une école d’art ou un éventuel éditeur: scénario, synopsis, character design, mise en page, travail sur les planches définitives. Suivi personnalisé de chaque projet. 
But: obtenir un joli dossier pour donner le maximum de chance à son projet BD.
Les lundis de 18h15 à 20h45. 
En deux modules: de février à avril. D’avril à juin. 
2. Un cours BD enfants dès 11 ans: un lundi sur deux de 18h15 à 20h45, s’il y a suffisamment d’inscriptions. De février à juin. 
Autre horaire possible: 16h30-18h. 
3. Un cours BD sous forme de « chantier BD »: travail sur les projets dans le cadre des activités culturelles de l’université de Genève. 8 cours de 2h30 les mercredis de 18h30 à 21h. A partir du 22 février jusqu’en avril. 
inscriptions sur le site de l’université de Genève: https://www.unige.ch/dife/culture/cours/image/bande-dessinee »
Les cours seront donnés soit à Génération Peinture, 43 rue St Joseph, soit à l’espace Giovanni, à l’Usine Kugler (Cheminée Nord), rue de la Truite, Jonction.
Le programme est en ligne sur son site internet: www.quantika-sf.com

Retour sur l’exposition Dimensions

En 2016, l’AMDA a organisé ce qui est à ce jour son évènement le plus important en termes de visibilité, de budget et également de travail : l’exposition Dimensions. Organisée en partenariat avec la Bibliothèque de l’EPFL, elle a été présentée au Rolex Learning Center du 1er septembre au 27 octobre 2016.affice

Le but de cette exposition était de mettre en valeur les œuvres de trois auteurs suisses romands de bandes dessinées de science-fiction, dont le travail est reconnu au niveau international : José Roosevelt, Frederik Peeters et Krum.

Pour chaque auteur, une série de bandes dessinées a été sélectionnée : dans CE, Roosevelt explore un monde inspiré d’Alice au pays des merveilles à travers un personnage si insignifiant qu’il n’a même pas de vrai nom ; dans Aâma, Peeters nous présente la quête d’un homme amnésique sur une planète inconnue ensemencée par une substance mystérieuse ; et dans O2, Krum raconte l’angoisse de la création vécue par son personnage d’auteur de bandes dessinées.

Le point de vue adopté pour mettre en valeur ces différentes œuvres était celui des quatre dimensions : temporelle, spatiale, virtuelle et personnelle.

La dimension temporelle est la plus évidente, du fait que l’on découvre dans chacune des histoires différentes périodes de la vie des personnages ou différentes époques juxtaposées. La dimension spatiale se retrouve dans « l’ailleurs », lieu inattendu auquel sont soudainement confrontés les personnages au détour du récit. La dimension virtuelle est celle des « mondes » privés, parfois utilisés comme lieux de communication ou comme refuge, et dans lesquels on n’entre pas si facilement. Quant à la dimension personnelle, présentée pendant l’exposition dans des « igloos » gonflables, elle nécessite de connaître un peu la vie des auteurs pour la reconnaître dans leurs œuvres, excepté peut-être chez Krum, où le thème de l’histoire laisse peu de doutes sur le lien très personnel entre l’auteur et son sujet.

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Les portraits de Victoria

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A ces quatre dimensions exposées, la table ronde organisée dans le cadre de l’exposition a permis d’en ajouter une cinquième : la dimension culturelle, laquelle est perceptible dans l’influence de la culture de l’auteur sur son rapport au monde en général, et aux mondes fictifs en particulier.

Science-fiction oblige, les nouvelles technologies n’ont pas été oubliées, avec l’usage de la réalité augmentée : sur certaines planches, des cases masquées se révélaient seulement lorsqu’elles étaient vues à l’aide de tablettes mises à disposition des visiteurs.

Grâce à son architecture si particulière, le Learning Center a permis de bien mettre en valeur cette première manifestation sur le thème de la bande dessinée présente en ses murs. Nombreux sont ceux qui se seront ainsi intéressés le temps d’une visite au thème des dimensions, si cher à la science-fiction, et nul doute que plusieurs d’entre eux feront prochainement un passage à Yverdon…

Krum et Roosevelt au vernissage

Au centre et à droite, Krum et Roosevelt au vernissage

Prix Utopiales 2016

Malheureusement, pas de consécration pour le Métaquine de notre compatriote François Rouiller. Mais nous vous dévoilons quand même les résultats intéressant de cette 17ème édition des Utopiales.

 

Le palmarès officiel de la 17e edition des Utopiales:

Prix meilleur album de bande-dessinée
Nefer, Chants & contes des premières terres, de Arnaud Boutle, Éd. Delcourt, 2015.

Grand prix du jury compétition internationale de longs-métrages:
Realive de Mateo Gil.

Mention spéciale du jury compétition internationale de longs-métrages :
Sam was here de Christophe Deroo.

Prix du public compétition internationale de longs-métrages
Realive de Mateo Gil.

Prix Joël-Champetier
Olivier Paquet pour Graine de fer.

Prix Utopiales européen jeunesse
Empreinte Digitale de Patrice Favaro, Éd. Thierry Magnier, 2016.

Prix Utopiales européen jeunesse, mention spéciale
Les copies de Jesper Wung-Sung, Éd. Le Rougue Jeunesse, 2015.

Prix Utopiales européen:
Le vivant de Anna Starobinets, Mirobole Éditions

Prix extraordinaire des Utopiales 2016:
Double prix, de Gérard Klein et Denis Bajram

Prix Planète-SF des blogueurs 2016
Les nefs de Pangées, de Christian Chavassieux, éd. Mnémos.

 

Le Truc (Gaillard / Habegger)

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Entre 1978 et 1979, le journal genevois Tout va bien Hebdo nous faisait découvrir le truc. Et pas n’importe quel truc ! Le Truc, c’est une bande dessinée scénarisée par Roger Gaillard (futur directeur de la Maison d’Ailleurs) et dessinée par l’artiste genevois Pascal Habegger, pas encore connu sous son surnom d’Ab’Aigre.

Mais alors, c’est quoi ce fameux truc ? Eh bien, dix ans après les événements de Mai 68, la Suisse vivait sa propre révolution sociale. Les hippies au pouvoir, l’amour libre, suppression de l’armée, nationalisation des banques, tout y passe. Mais Russes et Américains ne l’entendent pas de cette oreille et décident d’envahir et d’occuper notre beau pays, pour éviter que la révolution se propage.

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Sur le fond comme sur la forme (hebdomadaire), le récit dessiné rappel L’An 01, la bande dessinée politique de Gebé publiée entre 1970 et 1974 dans la presse française. C’est surtout une des premières incursions suisses importantes dans le domaine de la science-fiction, et plus encore de l’utopie depuis un certain… Rodolphe Töpffer !

Surtout, on découvre avec Le Truc un fond qui marquera plusieurs futures créations de Roger Gaillard. On pense en particulier à « L’initiative zéro », nouvelle publiée dans le recueil L’Empire du milieu quelques années plus tard, en 1981. Les Suisses votaient alors une initiative visant rien de moins que l’abolition de la Suisse elle-même.

Même si leur Truc s’est arrêté en 1979 et est resté inédit en album, Roger Gaillard et Pascal Habegger ont ouvert la voie à l’utopie suisse en SF. Un terreau qui s’est passablement développé les années qui ont suivi, souvent sous des formes moins fleuries, mais non moins humoristiques.

Le Truc - 1

Le Truc – 1

Le Truc -

Le Truc – 2

Interview de Karolina Luisoni

En décembre 2015, un événement fantastique est intervenu dans la vie de Karolina Luisoni. En effet, son projet de costume a été retenu par Luc Besson lui-même pour son prochain film, au terme d’un concours planétaire.

Explications : deux mois auparavant, la jeune designer avait tenté sa chance à une compétition lancée par le célèbre réalisateur pour sa future production: l’adaptation d’une bande dessinée française à succès, Valérian et l’Empire des mille planètes. Prévu pour juillet 2017, le film raconte les aventures de Valérian et Laureline, deux agents spatio-temporels. Au casting, quelques grands noms dont Ethan Hawke, Clive Owen, mais aussi Cara Delevingne et Rihanna.

La scène du film qui est au cœur de ce concours a pour décor une réception diplomatique dans une station spatiale, en l’an 2580. Les invités à la réception, tous d’origine extraterrestre bien sûr, seront ainsi conçus et habillés par les vingt finalistes du concours. A l’issue de cette compétition, laquelle a rassemblé 3’500 participants de tous horizons, Karolina Luisoni, costumière à l’Opéra de Lausanne et diplômée de la Haute Ecole d’Art et de design de Cracovie et de l’Université de Huddersfield, est la seule personne résidant en Suisse à avoir été sélectionnée. karolina-luisoni

Quelques mots de l’heureuse gagnante sur son projet:

Pourriez-vous nous raconter comment s’est déroulé le concours, depuis votre inscription jusqu’à votre sélection ?

En octobre 2015, l’unique concours de design de costume pour le prochain film de Luc Besson a été organisé et lancé en ligne par Europacorp et Yahoo Style. Dans un bref message vidéo, Luc Besson a expliqué que le film était son grand retour à la science-fiction, genre space opera, et qu’il avait besoin d’aide dans la conception de costumes futuristes pour une scène de réception du film1.

Après avoir visionné l’appel au concours, j’ai pensé que ceci était une occasion unique et merveilleuse, et peut-être même la chance d’une vie, de montrer mon travail dans un film à gros budget. Jusqu’à présent, seules les stars et des artistes bien établis pouvaient travailler sur des grandes productions comme celle-là.

Quand j’ai décidé que mon design était prêt, je me suis lancée dans la compétition. Après quelques semaines, l’équipe de Talent House est entrée en contact avec moi et a demandé à me parler. Je m’étais préparée pour parler de mon design devant le jury et j’étais prête à leur donner toutes les instructions techniques pour la fabrication du costume. Ainsi, quand Luc Besson m’a appelée en personne sur Skype pour me féliciter et m’annoncer la bonne nouvelle, j’étais très surprise !2

Comment se présente votre concept ? Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

J’ai créé 6 designs différents, conformément aux exigences techniques du concours. Le costume conçu devait mesurer approximativement deux à trois mètres, pouvoir être porté par quelqu’un et être conçu avec un matériel solide comme du métal, du plastique ou du tissu.

Designers are asked to create a piece that could be worn by a human, alien, humanoid or any other intergalactic creature you can think of. The scene for which you are designing will take place at a political cocktail party inside a space station called Alpha and the year is 2580.”3

Au début, c’était très important d’imaginer comment la mode allait évoluer et ce que les humains ou les extraterrestres pourraient porter dans 550 ans.

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Pour comprendre le style de Luc Besson, j’ai examiné l’univers de ses films, les costumes, les personnages et l’atmosphère générale de ses films. En particulier, j’ai regardé « Le 5e Élément » pour lequel Besson a travaillé avec Jean Jean-Paul Gaultier. Ses designs correspondaient parfaitement à l’absurdité des personnages et du monde de Besson. Les silhouettes exagérées, les détails architecturaux sculptés et les tissus en caoutchouc ont donné au film cette allure de SF et de bandes dessinées. J’ai ensuite pris en considération toutes ces informations et les ai transférées dans mes propres designs.

En outre, certaines de mes inspirations sont venues de l’architecture futuriste, laquelle est caractérisée par de longues lignes dynamiques, la simplicité et le minimalisme. Ainsi, dans beaucoup d’exemples d’architecture futuriste, nous pouvons observer l’utilisation du béton armé et de l’acier comme matériaux.

Une autre inspiration pour moi fut la mode futuriste. Les créations de concepteurs comme Gareth Pugh ou Iris Van Herpen ressemblent aux vêtements d’une autre planète. Ils tirent leur inspiration de sources diverses, y compris l’art, l’architecture, le mouvement du corps humain et la science. Certaines de leurs pièces ressemblent à une armure d’origine extraterrestre, à un costume spatial ou même à un exosquelette.

Finalement, j’ai aussi examiné des techniques modernes dans la production de tissus. Textile plastifié, combinaisons de tissus inhabituels comme du néoprène et de la soie. Mon costume peut être qualifié de textile expérimental, avec du tissu qui donne une silhouette structurée pour souligner ainsi l’allure robotique et futuriste.

Savez-vous ce qui a plu aux organisateurs dans votre projet ?

Je ne connais pas vraiment les aspects que les organisateurs ont le plus aimé dans mon costume, mais lorsque Luc Besson m’a appelée pour m’annoncer les résultats du concours, il m’a félicitée pour mon projet et l’a décrit comme futuriste, moderne et minimaliste. Je suppose qu’il correspondait bien à l’univers imaginé pour Valérian.

Selon vous, combien coûte la fabrication de votre costume ?

Il est très difficile d’évaluer le coût exact pour la production de ce costume en particulier. Il dépend des matériaux utilisés et de leur source, de la technique et du lieu de production. Le coût pourrait ainsi s’élever de CHF 5’000 à CHF 20’000, travail inclus.

Aurez-vous la chance de le voir ?

Malheureusement, je ne pourrai pas le voir avant qu’il n’apparaisse dans le film. L’objet du concours étant uniquement le design, je n’ai pas vu d’autres étapes de la production. Sur Instagram, Luc Besson a posté des photos de deux costumes fabriqués pour le film, mais aucun d’entre eux n’était le mien.

Pensez-vous que les designers de Luc Besson vont suivre vos indications en matière de fabrication ?

J’espère que ce sera le cas. Cependant, je comprends que ce que nous créons parfois sur le papier n’est pas facile à transposer en 3D. Ils ont peut-être également des matériaux et des techniques dont je n’ai jamais entendu parler et qui pourraient améliorer mon design. Donc, s’ils font des changements, ce sera seulement en vue d’améliorer le résultat final.

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Avez-vous imaginé un univers à votre extraterrestre ?

Je n’ai pas vraiment imaginé son univers. Je me suis concentrée sur l’extraterrestre lui-même. Pour créer un bon design de costume, je devais d’abord comprendre qui allait porter mon costume.

J’ai essayé d’imaginer une forme de vie abstraite, ce qui était un procédé difficile. Mon concept s’est mis en place quand j’ai vu une cartographie de visage vidéo 3D sur Youtube4. Ca m’a alors donné l’idée de créer l’extraterrestre qui utilise la projection de visage comme moyen de communication. J’en suis ressortie avec l’idée d’un extraterrestre sans visage qui utilise la forme humaine. Il n’a donc pas d’yeux, de bouche ou de nez. Avec sa propre espèce, il communique par télépathie. Pour communiquer avec d’autres formes de vie, il utilise le dispositif qu’il porte aux épaules, lequel projette ses pensées et d’autres informations sur son visage.

Est-ce un mâle ou une femelle ?

Je l’imagine hermaphrodite.

Dans votre métier, vous devez suivre des indications quant au costume que vous fabriquez, indications relatives à la personne qui le porte, à l’époque, au budget… Pour ce projet, si on prend en considération le fait que vous deviez imaginer la créature qui porterait votre costume, vous aviez une totale liberté. La création de costume dans le monde de la science-fiction est ainsi très intéressante pour la designer que vous êtes?

Il y avait certaines instructions à propos du costume: il devait pouvoir être porté et fait à partir de matériaux particuliers, mais comme vous l’avez dit, j’avais une totale liberté pour la création de l’extraterrestre, donc oui, c’était très intéressant. Laisser son imagination déferler et ne pas être cadré par des règles rigides est très rafraîchissant et permet une réelle créativité.

Espérons que l’extraterrestre vêtu de son costume et, surtout de son dispositif qui lui permet de communiquer avec d’autres espèces, sera bien visible pendant la fameuse scène de la réception. En tout cas, nous ne manquerons pas d’y être attentifs !

1 www.talenthouse.com/i/design-for-valerian

2 Voir la vidéo : www.youtube.com/watch?v=6OqaCYJW7bY

3 https://www.talenthouse.com/i/design-for-valerian

Second Life, un avant-goût de Métaquine ?

metaquine_vol1.inddIl avait défrayé la chronique peu après sa sortie. Second Life : une des premières expériences de monde virtuel ouvert, à situer entre jeu en ligne, réseau social et monde alternatif. Lancé en 2003, il s’est retrouvé quelques années plus tard propulsé en unes des plus prestigieux médias. Ses possibilités émerveillent, les financiers et les pubards en tous genres l’investissent : c’est le boom. On s’attendait presque au lancement d’un genre. Puis la crise financière est passée par là, et les médias ont eu d’autres chats à fouetter. Le monde virtuel a depuis complètement disparu des radars.

Il m’a fallu la lecture de Métaquine, de François Rouiller, pour raviver son souvenir à ma mémoire. Le SimDom de Métaquine n’est autre qu’après tout qu’une version avancée de cet espace virtuel. Les personnages du roman s’y connectent par l’intermédiaire d’une « calotte de lecture neurologique », sorte de casque high-tech « moins épais qu’un spaghetti », vous immergeant complètement dans ce monde, à la façon des casques du film Avalon (même si le nom semble plus directement faire référence aux jeux vidéo SimCity, Les Sims et autres de la firme Maxis). Et une fois dedans, libre à vous de vivre la vie que vous souhaitez. Sans plus aucune contrainte physique, mais avec tous les risques d’addictions liés.

(c) François Rouiller

(c) François Rouiller

L’alter monde virtuel de Métaquine réveille donc une certaine curiosité pour Second Life. Quelques recherches sur la toile m’apprennent que je ne suis pas le seul à me poser la question de savoir si ce monde online expérimental existe encore. Journaliste au Monde, Morgane Tual a rédigé en avril 2016 un article sur le devenir de cet univers.1 « Je m’attendais à trouver, une décennie plus tard, un univers déserté, une technologie vieillissante et quelques toiles d’araignées dans les coins, écrit-elle. Ce fut exactement l’inverse. » Visiblement, Second Life n’est pas mort et, même si l’euphorie est passée, l’expérience perdure. Mais à quoi ressemble-t-il aujourd’hui ? Au monde parallèle virtuel du SimDom ou à une version moins belliqueuse de World of Warcraft ?

Des fantasmes, mais peu d’imaginaire

Regardons d’abord les chiffres : les serveurs de Linden Lab enregistrent 900’000 connections par mois. On est loin de World of Warcraft, et il serait surtout intéressant de connaître le nombre d’avatars actifs. Néanmoins, le nombre d’utilisateur s’est stabilisé assez haut pour permettre au monde de perdurer et de garder son intérêt. Le départ de tous ceux qui voyaient Second Life comme une nouvelle plate-forme de communication ou de business fut sans doute un mal pour un bien, laissant ces lieux aux rêveurs, aux marginaux et à quelques autres artistes et créateurs. Sans parler de tous ceux qui cherchent par ce biais à assouvir quelques fantasmes libertins. « Le sexe est omniprésent dans le jeu, raconte Morgane Tual. Si certains espaces ne sont accessibles – officiellement – qu’aux joueurs de plus de 18 ans, des publicités pour des services sexuels pullulent dans Second Life. Le jeu est ainsi devenu une porte d’entrée vers des échanges érotiques payants par voix ou par webcam. Second Life est aussi le lieu où s’expriment les fantasmes interdits : certains avatars s’adonnent ainsi à la pédophilie ou la zoophilie. » Les Second lifers se lâchent et leur monde, à défaut d’être différent, est devenu surtout plus exacerbé. Sans filtre – et sans Métaquine pour y ramener la raison.

(c) François Rouiller

(c) François Rouiller

Visiblement, le lieu est devenu l’apanage de la dérision, de l’absurde. De l’imaginaire aussi ? Un peu. La journaliste raconte sa visite de l’école d’Harry Potter, ou du désert de Tatooine de Star Wars, recréés par les internautes. Mais comme le faisait remarquer l’ancien directeur de la Maison d’Ailleurs Patrick Gyger, interviewé sur ce sujet en 2010, on reste beaucoup dans de la copie, plus que dans la création : « Ce qui est très intéressant justement, dans cet univers en ligne, c’est qu’à ce niveau-là, ça ne marche pas très bien. On y reproduit surtout un environnement qui existe déjà – des pavillons de banlieues, des cathédrales, on y retrouve aussi Genève par exemple. […] Mais il n’y a pas, à ma connaissance, de bâtiments aberrants, plus grands à l’intérieur qu’à l’extérieur par exemple, ni de villes à l’envers.2»

Quelques recherches d’images montrent quand même des bâtiments volants, voire une ville vaguement futuriste. Mais on est effectivement encore loin de l’architecture du Thélème de Métaquine, qui foudroie ceux qui posent leur regard dessus. En revanche, un point commun intéressant entre le SimDom du roman et son plus proche équivalent actuel est son application médicale potentielle. Il est pas impossible que dans les décennies à venir, les personnes âgées ou malades issues des générations nées avec internet et Facebook choisissent de s’évader dans un monde virtuel plutôt que de souffrir de solitude, afin d’y retrouver vigueur physique et lien social (pour le pire comme le meilleur, sans doute). Et peut-être devenir comme les stades III du roman de François Rouiller, attachés à leur chaise, ne voulant plus reprendre pied avec la réalité…

A noter qu’un Second Life 2 est annoncé pour 2016 et sera peut-être sorti au moment où vous lirez ces lignes. Une renaissance, assortie d’une nouvelle vague de pionniers du net ? A voir. Ce qu’on en sait, c’est qu’une des grandes nouveautés annoncées sera une immersion dans ce monde via des casques de réalité virtuel… SimDom, nous voilà !

François Rouiller, Métaquine (2 volumes), éd. L’Atalante, 2016.

Vincent Gerber

1Voir Morgane Tual, « Absurde, créatif et débauché : dix ans après, « Second Life » est toujours bien vivant », en ligne sur ce lien.

2Vincent Gerber, « Utopies à bâtir », in Le Courrier, 24 juillet 2010.

Prix des Imaginales : le palmarès

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Le festival des Imaginales a fermé ses portes il y a une semaine. On ne pourra revenir sur l’ambiance des lieux, les débats et les soirées, trop vastes et difficiles à conter. Mais voici un écho, avec la liste des œuvres et auteurs ayant été distingués à cette occasion.

Lien direct vers la page des prix.

 

Les Lauréats 2016 des Imaginales

  • Catégorie roman francophone :

Manon FARGETTON, L’héritage des Rois Passeurs (Bragelonne)

 

  • Catégorie roman étranger traduit :

Marie BRENNAN, Une histoire naturelle des dragons – Mémoires de Lady Trent t.1 (L’Atalante), traduction de Sylvie Denis

 

  • Catégorie jeunesse :

Catherynne M. VALENTE, La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains (Balivernes), traduction de Laurent Philibert-Caillat

 

  • Catégorie illustration :

Melchior ASCARIDE pour l’identité graphique des Moutons électriques

 

  • Catégorie nouvelle :

Estelle FAYE, « Une robe couleur d’océan » (Légendes abyssales, anthologie officielle du Salon fantastique, Mythologica)

 

  • Catégorie prix spécial du Jury :

Éditions Callidor, pour leurs traductions inédites de classiques de l’imaginaire, collection « L’âge d’or de la fantasy »

 

1816-2016 : bicentenaire de Frankenstein

Nous fêtons cette année le bicentenaire de la création de Frankenstein, par Mary Shelley. A cette occasion, la Fondation Bodmer, sise dans le même village de Cologny qui l’a vu naître, présentera une exposition d’ouvrages anciens et rares, tels que « les manuscrits du roman et du journal intime de Mary Shelley, l’exemplaire de la première édition de Frankenstein annotée par l’auteur, l’exemplaire à envoi offert à Lord Byron, le portrait original de Mary Shelley et ceux de Percy Shelley, Lord Byron, et John Polidori, ainsi que de nombreuses éditions originales de ces poètes et écrivains réunis à la Villa Diodati en 1816. »
L’exposition dure jusqu’en octobre et est accompagnée d’un certain nombre d’événements, dans et en dehors de la Fondation. Voir le site www.frankenstein.ch.

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D’autres événement auront lieu en marge de l’exposition :

Frankenstein comedie musicale