Monthly Archives: mars 2024

Rencontre avec les Cyclopes

Les Cyclopes, ce sont les membres du collectif d’auteurs romands «Polyphème». Nous en avons rencontré plusieurs l’été passé à l’occasion de la sortie du premier épisode de leur podcast «PolyFM», consacré aux Cavernes d’acier d’Isaac Asimov.

Qu’est-ce que c’est au juste, «Polyphème» ?

C’est un collectif d’auteures et d’auteurs actifs dans les littératures de l’imaginaire, principalement la science-fiction et la fantasy. L’équipe trouve ses racines dans le désir de répondre à des appels à textes et de partager les écrits. L’objectif est de mettre en commun nos imaginaires, d’amoindrir la solitude de l’acte d’écriture, de s’offrir des relectures et des corrections, tout en bénéficiant de l’intelligence collective. À l’origine un fanzine, «Polyphème» a évolué et s’est élargi pour devenir un groupe soudé, motivé à collaborer sur divers projets.

La force du groupe émane d’une affinité naturelle, de l’harmonie dans les interactions et du plaisir de collaborer. Les Cyclopes proviennent de divers cantons en Romandie, dont Vaud, Neuchâtel, Fribourg et Valais.

Et ça marche ?

L’évolution du groupe est évidente. La qualité des textes a été crescendo grâce aux corrections et aux commentaires croisés. Certains membres en sont déjà à leur deuxième roman. Si, au début, certains textes étaient peu aboutis, les premières versions témoignent désormais d’une qualité indéniable. Cette amélioration se retrouve dans les retours des éditeurs, qui perçoivent le soin apporté à la révision des textes. L’approche bienveillante et constructive instaurée au sein du collectif favorise la motivation.

Le concept n’est pas révolutionnaire pour autant… Des groupes d’écritures existent depuis longtemps, en Suisse aussi. En moyenne, on sait qu’ils fonctionnent très bien pendant 2-3 ans, puis il y a une tendance à s’essouffler et à perdre l’envie de travailler ensemble. Notre défi est donc de communiquer et s’améliorer continuellement afin de réussir à pérenniser Polyphème dans cette bonne énergie.

Comment est née l’idée d’enregistrer un podcast ?

Il faut dire qu’on aime beaucoup discuter pendant des heures et débattre de sujets littéraires. Des membres ont proposé ce projet et d’autres les ont rejoints. Nous avons un membre vidéaste qui a toutes les compétences techniques et le matériel. Il s’occupe de l’enregistrement et du montage, tandis qu’un autre membre fait les jingles car il est musicien.

Comment choisissez-vous les sujets des émissions ?

On a un tableau où chacun inscrit les livres qu’il a bien aimés.Les autres membres indiquent s’ils ont lu ou envisagent de lire l’ouvrage. Dès qu’au moins trois ou quatre personnes sont intéressées, nous nous lançons dans l’aventure. Les sélections couvrent un large spectre, allant de nos lectures actuelles aux classiques du genre, en passant par les auteurs suisses. Notre ambition est de promouvoir davantage la littérature suisse, souvent omise par des médias francophones. Le podcast pourrait apporter une nouvelle visibilité à ces œuvres.

Un ouvrage collectif1 va paraître au printemps 2024 : de quoi s’agit-il ?

L’idée a émergé lors d’une visioconférence durant le Covid. Nous souhaitions créer un ouvrage collectif dont l’action serait située en Suisse. Sans trop en déflorer l’intrigue, l’histoire débute avec la découverte d’un monolithe en Valais, résultant de la fonte des glaciers. Ce point de départ ouvre la porte à une multitude d’idées et de créations, qu’elles relèvent de la science-fiction ou de la fantasy. Chaque auteur a écrit une nouvelle dans son propre style, mais tous ont participé à la relecture et ont pu commenter les textes. Certaines nouvelles s’entremêlent pour donner une structure narrative. Des interludes tels que des articles de journaux ou des rapports médicaux ont été ajoutés pour relier les histoires. Le résultat est une formidable fresque prenant place dans différentes régions de Suisse et faisant tant appel au patrimoine qu’au fantastique. Cette approche rappelle la conception des jeux de rôle, un terrain que certains membres du collectif ont également exploré. Parmi les douze membres de «Polyphème», neuf ont contribué à cet ouvrage.

Après un livre et un podcast, que vous reste-t-il à faire ?

Il y a pas mal de gens très créatifs dans l’équipe, cela peut partir n’importe où. Qui sait, peut-être une série Netflix ?

Le podcast PolyFM est notamment disponible sur le site www.polypheme-collectif.ch et sur Spotify.

Annabelle

1Dans le sillage des pierres, PVH éditions, à paraître en 2024.

Le musée de la science-fiction de Turin (Mufant)

Le Mufant (Museolab del Fantastico e della Fantascienza di Torino) est situé dans la banlieue nord de Turin, place Riccardo-Valla 5, au terminus de la ligne de bus 52. Des collections de diverses provenances constituaient le fonds du Mufant lorsque Riccardo Valla (1942-2013) ajouta la sienne, formant ainsi le contenu du musée actuel.i

En visite au Mufant en décembre 2022, j’ai pu m’entretenir avec sa co-directrice, Silvia Casolari. Elle m’a expliqué qu’il y a d’abord eu un embryon de musée en 2009, mais c’est depuis 2016 qu’il occupe les locaux actuels, dans le même bâtiment qu’une école enfantine (!). Ce musée est né de deux intérêts convergents : celui des fondateurs, bien sûr, fans de SF, et celui de la Ville de Turin, qui souhaite développer les activités culturelles en banlieue (à noter que le musée ne se trouve pas dans une banlieue déshéritée). Lors de ma visite, ils occupaient 1000 m2 prêtés par la Ville et devaient récupérer un étage supplémentaire en 2023. Pratiquement, on passe d’abord par le « Parc du fantastique » peuplé de sculptures métalliques d’Alien, Wonder Woman, un dragon, un loup-garou, la créature de Frankenstein, etc. ; puis on entre par le rez-de-chaussée où se trouve la billetterie ; l’expo, la bibliothèque, la boutique et les bureaux se trouvent au 1er étage. J’ai trouvé leur expo spectaculaire : ils ont beaucoup de gros objets (statues, maquettes). Leur « salle gothique » est la reconstitution d’un cimetière… En novembre 2023, ils ont inauguré une grande terrasse d’environ 4000 m2, avec deux espaces d’exposition couverts de 300 m2 chacun abritant une exposition sur la SF chinoise passée et contemporaine.

Il y a 20 employés au Mufant, dont cinq fixes, trois à 100% (dont les deux co-directeurs, Silvia Casolari et Davide Monopoli) et quatre civilistes, des stagiaires et des apprentis. Le musée possède 18 000 livres, BD, revues et fanzines et plus de 4500 objets. Ils accueillent entre 1000 et 1500 visiteurs par mois et deux à trois expositions temporaires par année. Ils sont organisés en association culturelle et n’ont malheureusement pas de subventions fixes. Ils doivent donc chaque année chercher des fonds, qui leur sont généralement alloués par la Ville de Turin, les régions du Piémont et de la Ligurie et d’autres sponsors. Il n’y a pas d’association d’amis du musée.

Ajoutons enfin que le Mufant a signé l’année passée un protocole d’accord avec l’éditeur chinois Science Fiction World et l’arrondissement de Tianfu de la ville de Chengdu, dans le but de mettre en œuvre des projets d’échange culturel sur le thème de la SF.

Site du Mufant (italien/anglais) : https://www.mufant.it

Article et photos (c) Bruno Mancusi

Merci à Silvia Casolari, Matteo Celeste et Edoardo Russo pour leur aide.

i À noter qu’il n’existe pas actuellement de rue ou place Pierre-Versins à Yverdon-les-Bains, si ça peut donner des idées à notre municipalité…