Malgré ses 76 ans, le Petit Prince de Saint-Exupéry semble ne jamais vouloir vieillir ! Non content de s’être promené de planète en planète avant d’atterrir sur Terre en 1943, le blondinet y a depuis essaimé comme seule la Bible avant lui. Ce conte pour enfants – mais ô combien apprécié des adultes ! – est le deuxième ouvrage le plus traduit sur Terre après les saintes paroles. Et pas le moindre signe d’essoufflement !
Après une traduction en patois gruérien (Le Piti Prinhyo, éd. Favre, 2017), le voilà qui s’attaque à l’autre dialecte chéri des Fribourgeois : le bolze. Originaire de la basse ville de Fribourg, mi-allemand, mi-français – aussi savoureux que la fameuse fondue moitié-moitié ! – le bolze est une part amoureusement entretenue du patrimoine fribourgeois.
La traduction, réalisée par Françoise Kern-Egger et soutenue matériellement par la Société fribourgeoise des écrivains (SFE), devrait paraître au début 2020 aux éditions Tintenfass. Pour celles et ceux qui ne veulent pas rater le voyage, les préventes sont ouvertes. Il suffit de vous annoncer auprès de la SFE.
Si 2018 avait été une année faste pour les adaptations d’œuvres de science-fiction sur le grand et le petit écran. Si 2019 a vu les studios se tourner vers les jeux vidéo et les mangas pour trouver de l’inspiration, 2020 sera une année où tout se mélangera. Adaptations aussi bien de romans cultes que de séries dérivées, il y en aura pour tous les goûts (ou tous les dégoûts1).
Dune
On l’avait annoncé l’année passée, mais cette fois c’est officiel: le roman Dune de Frank Herbert aura droit à une nouvelle adaptation. On retrouve derrière la caméra Denis Villeneuve, qui, après la claque visuelle qu’il a mise aux spectateurs avec son Blade Runner 2049, suscite beaucoup d’espoir auprès des fans. On sait pour l’instant que le tournage a démarré en mars 2019 et que le réalisateur a annoncé la fin des prises de vues réelles en juillet. On sait aussi que le film sera découpé en deux parties. La première projetée en 2020, la seconde… on croise les doigts.
L’homme invisible
Le personnage de l’homme invisible d’H. G. Wells a déjà été porté plusieurs fois à l’écran. Ce qui fait l’originalité de la version que propose Leigh Wahnell (scénariste de plusieurs Saw et réalisateur d’Insidious : Chapitre 3) c’est d’en faire un film d’angoisse. Une jeune femme, jouée par Elisabeth Moss, essaie de se reconstruire après la mort de son petit ami violent. Mais celui-ci est-il vraiment mort ? Date de sortie prévue mars 2020
Artemis Fowl
On parle de l’adaptation de cette suite de romans écrits par Eoin Colfer depuis plus de dix ans. Après de nombreux rebondissements, c’est finalement Disney qui la produira. Le premier film devrait reprendre l’histoire des deux premiers romans de cette saga à cheval entre la fantasy et la science-fiction. Le jeune aristocrate et génie du crime irlandais Artemis Fowl parvient à kidnapper un officier du royaume des elfes. Son but ? L’échanger contre une rançon afin de restaurer sa fortune et son prestige familial. La sortie est prévue pour mai 2020.
Morbius
Spin-off de la saga des Spiderman, Morbius suivra les aventures d’un biochimiste, joué par Jared Leto, atteint d’une maladie du sang. En cherchant à se soigner lui-même, il devient vampire malgré lui. Après Venom, c’est le second film du Sony Marvel Universe (à ne pas confondre avec le Disney Marvel Universe et ses Avengers). Vu la qualité du premier, les attentes pour le second sont pour le moins mitigées. Sortie prévue en juillet 2020.
Monster Hunter
Milla Jovovich est décidément abonnée aux adaptations de jeux vidéo. Après avoir affronté six fois les zombies de Resident Evil,la voilà transportée dans l’univers de Monster Hunter dans lequel elle devra survivre face à des hordes de monstres géants et variés. Si la dernière version du jeu en date a connu un grand succès, on a des doutes quant à sa capacité à tenir plus de cinq minutes sur un grand écran.
Les bruissements au coin du net
Une nouvelle adaptation de 1984 de George Orwell serait sur le bureau de Paul Greengrass, connu pour la saga des Jason Bourne.
Robopocalypse de Daniel H. Wilson, qui devait à l’origine être adapté en 2014 par Steven Spielberg, le sera finalement par Michael Bay.
Suite au succès de Ready Player One, adapté du roman homonyme d’Ernest Cline, on s’attend à ce qu’Armada, du même auteur, devienne aussi un film. Les droits sont déjà entre les mains d’Universal.
De même, la Fox a racheté les droits d’Artemis, d’Andy Weir, après le succès de l’adaptation d’un autre de ses romans, The Martian.
Enfin, le projet d’adaptation par Ridley Scott de la bande dessinée La guerre éternelle,abandonné en 2008, refait parler de lui. Warner Bros aurait racheté les droits en 2015 et un scénario serait en cours d’écriture.
1 Demandez aux fans ce qu’ils pensent de l’adaptation du manga « Gunmm » par Robert Rodriguez.
Sébastien Lê
Article publié dans le D’Ailleurs Infos N°33, de janvier 2020.
Les amateurs de science-fiction ont trop souvent tendance à se limiter aux sphères francophone et anglo-saxonne quand il s’agit de choisir une lecture. Pourtant, la production d’œuvres de science-fiction existe aussi ailleurs1. Petit tour d’horizon à travers trois pays dons les auteurs ont été traduits en français.
Inde
Lorsqu’on pense à la science-fiction indienne, les images du cinéma bollywoodien s’imposent souvent à l’esprit. Il n’en n’est rien dans le recueil de nouvelles de Vandana Singh, Infinités, traduit en 2016. Dans ses histoires, l’auteure fait la part belle aux femmes et à leurs conditions de vie dans la société indienne contemporaine. Ce recueil s’enrichit en outre d’un essai dans lequel l’auteur dit l’importance d’utiliser les littératures de l’imaginaire pour parler de notre présent.
Islande
Le premier roman d’Andri Snaer Magnason, Lovestar, traduit en français en 2015, aborde deux thématiques qui semblent chères aux écrivains islandais ; l’hyperconnectivité et la surveillance globale2. Dans le futur proche imaginé par l’auteur, on peut se débarrasser de son enfant et le remplacer par un clone, si on considère qu’il ne sera pas apte à s’insérer dans la société civile. Le choix d’un partenaire de vie est basé non plus sur les sentiments, mais sur un algorithme. Enfin, les régies publicitaires insèrent leurs campagnes directement dans les cerveaux. Chaque citoyen peut ainsi devenir promoteur d’une marque à temps partiel, contre rémunération. Effrayant et fascinant.
Afrique du Sud
On l’avait pressenti avec le film District 9 de Neill Blomkamp, l’Afrique du Sud est un terrain fertile pour la science-fiction. La preuve avec Zoo City de Lauren Beukes. Dans un futur dystopique, chaque personne ayant commis un crime se voit obligée de vivre en symbiose avec un animal. Si l’animal meurt, l’hôte meurt aussi. Accusé de la mort de son frère, Zinzi doit cohabiter avec un paresseux. De leur association, elle commence à développer le don de « retrouver les choses »…
Si cette mise en bouche a su éveiller votre curiosité et que vous désirez découvrir plus de cette science-fiction peu connue, il existe une page Wikipédia répertoriant les auteurs de science-fiction classés par pays. Si elle n’est de loin pas exhaustive, elle permet au moins de faire le premier pas dans l’univers de cette science-fiction venue d’ailleurs.
1 Le succès de la trilogie de l’auteur chinois Liu Cixin, dont le premier volume, Le problème à trois corps, a reçu le prix Hugo en 2015, en est la preuve.
2Heimska, la stupidité d’Eirikur Orn Norddahl, traduit en 2017, en est l’exemple poussé à son paroxysme.
Sébastien Lê
Article publié dans le D’Ailleurs Info N°33, janvier 2020.
L’an dernier, l’almanach des sorties suisses de science-fiction a connu une bouffée de croissance. Une centaine de nouvelles entrées y ont fait leur apparition. Si les sorties de 2019 y ont contribué, le gros de l’apport a eu lieu bien plus loin dans le passé. Pierre Strinati, membre de l’AMDA de longue date et ami de Pierre Versins (fondateur de la Maison d’Ailleurs, faut-il le rappeler ?), nous avait fait remarquer que les revues éditées par Versins devraient également figurer dans l’inventaire. A commencer par Ailleurs, considéré par beaucoup comme le premier fanzine francophone d’envergure.
En effet, si Versins était Français, bon nombre de revues et fanzines qu’il n’a cessé d’enfanter se publiaient au nom du Club Futopia, basé à Lausanne. Ce club de fans de SF, qui a joué un rôle phare dès la fin des années 1950 dans le développement de la « galaxie SF francophone » rassemblait, outre Versins et sa compagne Martine Thomé, de nombreuses personnalités du moment du monde de la SF, dont Barjavel, Jacques Van Herp et des jeunes pousses en devenir, comme un certain Gérard Klein…
Nous nous sommes rendu au domicile genevois de M. Strinati pour recenser l’ensemble des revues et pouvoir les comparer avec le fonds Versins du musée (pas encore entièrement catalogué). Une (re)découverte des Ailleurs première version, seconde version, hors séries, Cahiers d’études, fanzines en anglais, recherches thématiques et « chronobiographiques »… Des feuillets imprimés à une centaine d’exemplaires, souvent magnifiquement illustrés à la main et aux design élancés, numérotés mille ans dans le futur. Bienvenue en 2960…
La chronologie ainsi reproduite montre à quel point Pierre Versins, de 1956 à 1967, n’a jamais cessé de publier, souvent plusieurs séries en parallèle, aux formats constamment changeant, évoluant sans doute au gré de ses aspirations littéraires. On remarque aussi un premier coup d’arrêt de publications en 1963, peu avant les premières recherches thématiques, prélude à un dévouement complet à son grand œuvre : L’Encyclopédie de l’Utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction. Un projet gigantesque auquel il se dédiera pendant près de 10 ans.
– Le serveur de discorde, 1 numéro, octobre 1962. – Le chasseur de chimères, 2 numéros, non datés.
– On dirait [pour Organisation Non-euclidienne Des Irréalistes Réunis Amis de l’Infini et du Temps], 7 numéros, 1962-1963.
Fanzines en anglais
– FFM [pour « this Fake Fantastic Mystery »], 3 numéros, 1957. – FFM Ending, 4 numéros, 1957. – Fothpatlaw [pour «From Over The Herring Pond And The Léman As Well »], 3 numéros, 1958- ? – F and SF [pour « The fanzine of France andScience-Fiction »], 3 numéros, 1958-1959.
Vincent Gerber
Article publié dans le D’Ailleurs Infos N°33, janvier 2020.
Le 24 juin 1947, le pilote américain Kenneth Arnold observa neuf disques brillants au-dessus du mont Rainier, dans l’État de Washington. Ils se déplaçaient rapidement, « comme des soucoupes ricochant sur l’eau ». Les médias du monde entier s’y intéressèrent, le phénomène des « soucoupes volantes » (plus tard : ovnis) était né. Rapidement, les hypothèses fleurirent : armes secrètes, méprises, canulars ou invasion d’un autre monde ? La presse française et suisse s’en fit l’écho, le plus souvent de façon ironique.
De son côté, Pierre Versins se trouve en Suisse depuis 1948 et commence à s’intéresser à la science-fiction. Il a 28 ans en 1951 lorsqu’il publie son premier roman de SF, « L’invasion des discoboles », dans l’hebdomadaire Radio-Je vois tout de Lausanne (qui deviendra plus tard Radio-TV-Je vois tout, puis TV8). Inspiré du phénomène des soucoupes volantes, son texte est publié en feuilleton de 21 épisodes.
Radio-Je vois tout, éditions du 22 juin 1951 au 9 novembre 1951.
L’AMDA a le plaisir de vous annoncer qu’elle organise le 30 novembre
prochain une soirée de fin d’année d’un type nouveau. Nous vous invitons
à cette occasion à venir découvrir l’ensemble des œuvres suisses
publiées dans l’année… et leurs auteurs, cordialement invités ! Le tout
autour d’un apéro convivial. Une façon pour l’AMDA de porter un regard
sur la richesse développée ces dernières années en Suisse au sein des
littératures de l’imaginaire et de les aider à se faire connaître auprès du grand public.
Programme :
18h30 : Accueil et présentation de l’AMDA
18h45 : Tour d’horizon des différentes œuvres publiées dans l’année
19h30 : Apéritif
21h00 : Fin
L’événement est ouvert à tout le monde, sans inscription, et appelé à
devenir un rendez-vous annuel. Il aura lieu à la Maison d’Ailleurs,
dans l’Espace Jules Verne. La liste des œuvres présentées peut être
retrouvée sur notre site Internet, onglet « réalisations », page «
Almanach des publications suisses ».
Lors de la
dernière assemblée générale de l’AMDA, les membres présents
ont pu découvrir le travail des Enfants de Mac Gyver (EMG). Cette
association s’est donné pour but de créer une réplique exacte de
la porte des étoiles de la série Stargate SG-1.
En se basant sur les différentes images de la porte vues dans la série et sur un segment de la porte originale, les EMG en ont dessinés les plans. Ils se sont ensuite formés à différentes techniques propres aux métiers des accessoires de cinéma, afin de réaliser par exemple les moules nécessaires à la reproduction en résine des autres parties de la porte. Lors de l’assemblée générale, le public a d’ailleurs pu admirer de près un moule, ainsi que certains éléments d’un segment de porte.
Image EMG du site https://projetstargate.wordpress.com/
L’ensemble du projet c’est récemment envolé pour Londres, suite à la prise de contact d’un étudiant en construction de décor qui désirait lui aussi construire une « porte des étoiles » en guise de travail de fin d’étude. Si tout se passe comme prévu, la porte devrait être terminée entre l’été et l’automne 2019.
Si vous désirez en savoir plus et suivre leur projet, rendez-vous sur leur page Facebook, mise à jour régulièrement : www.facebook.com/LesEnfantsDeMacGyver
Le Prix de l’Ailleurs, c’est reparti ! Organisé de concert par la Maison d’Ailleurs, l’UNIL et les éditions Hélice Hélas, le prix publie chaque année un recueil de meilleurs textes et quelques essais sur un thème donné. L’édition 2020 s’interrogera sur une problématique très contemporaine : le monde bouleversé. Le prix est ouvert aux auteurs basés en Suisse ou dans la francophonie étendue. Délai de dépôt des textes : fin février 2020.
Un prix est soutenu par l’AMDA depuis ses débuts !
Je m’appelle Alexander Preuss et je suis né en 1974 à Aix-la-Chapelle. Dans ma jeunesse, j’ai fait une formation classique de mécanicien et je suis ensuite devenu graphiste/designer dans l’industrie du jeu. Dessiner a toujours été mon truc et je savais déjà enfant que j’aimerais en faire mon métier plus tard. Toutefois, mes parents ne trouvaient pas cette idée très bonne à l’époque… d’où la formation de mécanicien ! J’aime bien lire, surtout ce qui a trait à la science et à la science-fiction : j’en tire souvent de l’inspiration pour mes images. Je fais beaucoup de sport : ça libère la tête ! Et j’aime bien cuisiner… souvent bien trop sophistiqué pour un simple repas du soir, mais ça me plaît. Ma famille, mes amis et mes hobbies sont très importants pour moi, car on se laisse souvent happer par le travail. C’est pourquoi je saisis aussi chaque occasion d’aller dans la nature, que ce soit en moto, à vélo ou à pied. J’aime nouer de nouveaux contacts et échanger avec d’autres gens, on apprend comme ça tant d’histoires intéressantes qui souvent restent ignorées ou ne sont pas racontées… quelques-unes m’ont même inspiré pour certaines de mes œuvres.
@ Alexander Preuss – Facebook
Comment a débuté votre carrière d’artiste ?
Après ma formation de mécanicien, que j’ai faite pour faire plaisir à mon père, j’ai été engagé en tant que graphiste par une société de jeux vidéo d’Herzogenrath encore petite à l’époque : Egosoft. Peu après, j’étais déjà directeur artistique de la société et nous avions réussi avec une petite équipe à créer un jeu vidéo très populaire : « X Beyond the Frontier ». Après à peine 7 ans, j’ai changé pour aller dans la branche publicité et IT à Düsseldorf. En parallèle, j’ai commencé à réaliser sur mon temps libre des petites commandes pour des auteurs et des éditeurs qui avaient besoin, par exemple, d’illustrations de couverture pour leurs livres ou leurs CD. Jusqu’à maintenant, j’ai réalisé près de 140 couvertures de livres et de CD. Le plus gros tournant de ma carrière a été en 2005, lorsque mon travail « The broken Armistice over Abalakin » a gagné la première place dans le concours international d’art de la CGSociety1. Dès lors, j’ai reçu beaucoup de commandes internationales.
Avez-vous des modèles, des gens qui vous ont inspiré au début de votre carrière ?
Bien sûr : mes plus grands modèles sont des artistes, comme par exemple Salvador Dali, H.R. Giger, Syd Mead, Feng Zhu et Dug Chiang. Ce sont surtout Syd Mead (Blade Runner) et Feng Zhu (Star Wars) qui ont eu une grande influence sur moi.
Sur la carte de membre 2018 de l’AMDA, on peut voir une de vos créations, une image intitulée « Stone Town » : pouvez-vous nous parler de cette image ? Qu’est-ce qui l’a inspirée ??
J’ai une imagination très imagée et mes rêves en sont très imprégnés. « Stonetown » est une scène d’un rêve très agité que j’ai eu, et je voulais que cette image soit exactement comme je m’en souvenais. Elle s’intégrait parfaitement à un monde auquel j’avais déjà pensé pour un projet de livre : un roman graphique intitulé « Subspace » qui parle de voyages dans des galaxies lointaines et dans lequel le héros est à la recherche de son amour perdu. Je sais que ça peut sembler un peu kitsch à certains, mais je suis un romantique…
Carte 2019 – Alexander Preuss
Imaginez-vous une histoire pour chacune de vos images ? Sont-elles reliées entre elles par l’univers qu’elles illustrent
Bien entendu, chaque image raconte une histoire : après, ce que j’ai en tête et ce que le spectateur en retire sont souvent des choses différentes… Pour les commandes, je m’en tiens aux consignes de l’auteur ou de l’éditeur, même si on m’accorde souvent une grande marge de manœuvre. Pour mes œuvres personnelles, c’est bien sûr autre chose, car j’ai toujours une petite histoire derrière la tête lorsque je dessine quelque chose. Comme je l’ai déjà dit, je travaille depuis des années sur un Artbook/roman graphique pour lequel je réalise beaucoup de dessins.
Je ne suis malheureusement pas un bon écrivain, raison pour laquelle je suis toujours à la recherche d’auteurs qui sont prêts à écrire de petites histoires pour le roman graphique : j’ai déjà pu en enthousiasmer quelques-uns pour le projet ! En principe, j’aimerais stimuler l’imagination de chaque personne qui regarde mes images, c’est pourquoi j’aime l’idée que chacun puisse s’imaginer sa propre petite histoire.
Vous travaillez dans la conception de jeux vidéo2 : quel est votre rôle en tant que directeur artistique ? A quel moment de la conception du jeu intervenez-vous ?
Comme dit plus haut, j’ai participé très tôt (1994) aux premiers projets d’Egosoft et j’ai également réalisé de petits travaux graphiques pour d’autres sociétés de jeux. Cependant, c’est seulement devenu intéressant en 1996, lorsque nous avons commencé un jeu de l’espace pour lequel je dirigeais la création de l’univers entier. J’ai conçu chaque vaisseau, chaque race alien, toutes les animations et les cut scenes, ainsi que tous les arrière-plans pour ce jeu. Ça a été mon premier vrai travail de directeur artistique et j’ai eu beaucoup de plaisir à le faire. A part une petite pause artistique dans l’industrie de la publicité, j’ai conçu pour Egosoft presque tous les jeux au niveau graphique.
Vous travaillez beaucoup sur informatique, mais il vous arrive aussi de créer de manière plus traditionnelle sur différents supports : pouvez-vous nous dire quelques mots de ces autres créations ? Qu’est-ce qui vous pousse à (re)venir à des supports matériels ?
Je ne serais pas un véritable artiste, si je me limitais à un support ! Pour moi, il s’agit toujours de trouver le moyen qui permettra d’arriver à un bon résultat avec différentes techniques. Dans la branche du jeu, on est limité aux moyens digitaux, mais dans mon temps libre, j’essaie presque tout pour savoir si ça me plaît ou non. Ou plutôt, pour voir si j’arriverais peut-être même à de meilleurs résultats avec une autre technique. Et il ne faut pas oublier que beaucoup de collectionneurs aiment mieux posséder un original qu’une simple impression digitale.
Vous avez été exposé à la convention de SF de Dortmund en 2011 : êtes-vous un habitué des conventions de SF ? Vous arrive-t-il d’y aller comme simple visiteur ?
Pas
aussi souvent que je le voudrais. J’aime les conventions : les
gens sont libérés là-bas et ils réalisent simplement leurs
fantasmes. C’est quelque chose qui me manque souvent un peu dans la
vie de tous les jours.
Dortmund a été mon premier vernissage officiel et un grand succès puisque j’ai vendu toutes mes œuvres exposées. Je prévois déjà pour la prochaine Comicon en Allemagne un petit stand où vendre mes œuvres. On va voir comment ça se passe : c’est encore nouveau pour moi !
En tant qu’artiste, y a-t-il un projet qui vous tient à cœur et que vous n’avez pas encore pu réaliser ?
Oh, il y en a quelques-uns que j’ai prévus ou que j’essaie de réaliser. Mon projet le plus important en ce moment est mon Artbook que j’aimerais financer avec l’aide des fans via le financement participatif. La deuxième chose importante est un court film d’animation que j’aimerais réaliser avec un ami de Russie. Il fait la musique et moi les animations. Nous avons déjà travaillé ensemble en 2013 à un court métrage et le résultat était vraiment bon3.
2 A. Preuss est lead artiste, directeur artistique et superviseur FX chez Egosoft GmbH. Il a notamment travaillé sur le jeu « X Rebirth », sorti en 2013.
L’occasion
est belle, en 2019, de commémorer les 50 ans de la sortie de 2069
– oder dort, wo sich Futurologen und archäologen gute Nacht sagen
(« 2069, ou le lieu où
les futurologues et les archéologues se disent bonne nuit »),
film pionnier de la
science-fiction suisse. Ce
moyen-métrage de
40
minutes représente
le troisième et dernier épisode de Swissmade,
réalisés en 1968
par de
jeunes réalisateurs suisses prometteurs : Yves
Yersin (avec Der
Neinsager),
Fritz Maeder (Alarm)
et Fredi M. Murer, pour ce
2069.
Le scénario, teinté de cynisme et d’ironie, présente une visite diplomatique de la Suisse de 2069 par un extraterrestre en combinaison futuriste. Venu d’on ne sait où, l’étranger se montre à l’écoute des habitants de cette Suisse très propre en ordre et réglée comme du papier à musique. Un être, il faut le dire, sorti tout droit de l’imagination on sait combien fertile et dérangeante, de HR Giger, qui s’est largement investi dans le film.
Dans
cette anticipation politique, la Confédération se voit dirigée par
une entité invisible et informatique, le « Brain Center »,
à laquelle l’ensemble des citoyennes et citoyens se retrouvent
personnellement connectés. Tous peuvent s’adresser à ce cerveau
central par des bornes téléphoniques et ce dernier décidera à
leur place du contenu de leur vie, de leur relation du jour. En fait,
de leur rôle à jouer dans ce pays. Une forme de « démocratie
totale » où, par la collecte de toutes les données
existantes, un programme décide ce qui doit être – avec justice
et équité, bien entendu, et du moins dans les formes.
Le rythme biologique de ces « citoyens intégrés » se voit quant à lui accéléré : les enfants – fabriqués par le Brain Center – commencent la vie à 7 ans et la terminent à 41. Quant aux contestataires, on les retrouve aussi, mais bien à l’écart. Parqués dans des réserves, ils ont le droit d’exister comme bon leur semble, tant qu’ils ne tentent pas de sortir de leur espace dévolu. Un consensus totalitaire à la Suisse en quelque sorte.
Filmé dans un style documentaire, 2069 se veut très contemplatif, avec pour seuls dialogues les explications et descriptions de cette Confédération 2.0 données par les protagonistes rencontrés par l’alien. Le calme et la fausse quiétude qui en découlent dévoile en réalité une critique assez radicale des instances politiques de notre pays. Critique crédible également, notamment par la conservation des décors authentiques, allant de pair avec un discours conservateur et anti-étrangers. Il faut dire que la vague de 1968 est passée par là, avec son refus sans concession des normes et des carcans. Le sociologue du cinéma Olivier Moeschler rappelle également que Swissmade représente la toute première production helvétique subventionnée – et ce par une banque suisse qui fêtait alors ses 100 ans. Le discours anti-système qu’il contient n’en ressort que plus subversif. Et ambitieux.
Contacté
par courriel
pour obtenir une copie de son film, Fredi Murer nous avertit :
«N’oubliez
pas, le film a été créé il y a 50 ans et dans un refus
provocateur de la dramaturgie narrative des films classiques de
l’époque. Avec le recul, j’ai échoué, mais au final, cela reste
honorable. » « Honorable »
sous le prisme
cinématographique sans
doute, mais avec un regard orienté science-fiction,
le résultat se montre
bien plus intéressant.
2069 représente
la première incursion importante du cinéma suisse dans le domaine
de la
science-fiction. Rien
de moins. S’il sort la même
année que Gaudeamus Stellis,court-métrage
de
Raymond Favre, Pierre Versins et Pierre Strinati, la
diffusion, la
publicité et l’impact
du
film de Fredi Murer apportent
à 2069
une véritable
dimension
nationale. Une
œuvre pionnière et, en cela, très réussie.Absente
du fonds de la Maison d’Ailleurs, l’œuvrey
fait son entrée par l’AMDA,
qui
lui
fait don de sa copie. 2069y
méritait
incontestablement
sa
place.
Fredi
M. Murer, 2069 – oder dort, wo sich Futurologen und archäologen
gute Nacht sagen, 1968.
Pour une analyse détaillée du film, lire Olivier Moeschler, « 2069 dans le « nouveau cinéma suisse » : OVNI ou reflet de la société ? », in Gianni Haver & Patrick J. Gyger, De Beaux Lendemains ?, éd. Antipodes, 2002.